Ce qu’il va se passer en janvier 2017 dans le rap français...

/ le 26 décembre 2016
Ce qu’il va se passer en janvier 2017 dans le rap français !
Pas besoin de chercher ailleurs, Genono aka le devin du rap te dit tout sur ce début d'année 2017 qui s'annonce bouillant !

L’année 2015 était exceptionnelle, considérée par certains comme le meilleur cru rap français depuis 1996. Sans forcément atteindre ces sommets historiques, 2016 a encore prouvé que la scène francophone en avait dans le ventre, en révélant des artistes comme Damso ou Kekra, en confirmant des têtes d’affiches comme Nekfeu ou Kaaris, en mettant à l’honneur, une fois de plus, l’indépendance (Lacraps, Jul) ou encore en permettant à de véritables ovnis musicaux de voir le jour (Majster, Ténébreuse Musique). Même son de cloche du côté de l’underground : vous êtes peut-être passés à côté, mais un nombre incalculable d’artistes plus confidentiels ont proposé d’excellents projets.

En somme : le rap français va bien, fourmille de bonnes idées, et peut se réjouir de sa propre diversité, offrant autant de bons albums aux vieux nostalgiques de Time Bomb qu’aux jeunes fans de Chief Keef. Pour résumer : 2015 était exceptionnel. 2016 était excellent. 2017 sera encore meilleur, et ce, dès le mois de Janvier.

Comment est-ce qu’on peut le savoir ? Le rap français est terriblement prévisible. Grace à un algorithme basé sur la racine carré des chiffres de ventes de Jul en première semaine au carré de la grandeur du nombre de posts instagram de Patrice Quarteron, découvrez en exclusivité ce qu’il va se passer en Janvier 2017.

1er Janvier, 00h01

Imaginez la scène : 23h59, vous êtes entourés de vos rares amis autour d’un verre de soda trop sucré, l’œil fixé sur votre téléphone pour ne pas rater la minute fatidique. 00h00. Tout le monde s’embrasse, se souhaite (sans grande conviction) le meilleur pour l’année à venir. 00h02. Premier réflexe de l’homo portabilus, vous saisissez votre iphone pour publier quelques émojis festifs sur vos réseaux sociaux préférés. Et là, une notification push : « Booba publie un album surprise ! ». En ouvrant vos applications twitter, facebook ou instagram, très peu de « bonne année » ou de « meilleurs vœux » : tout le monde ne parle que de ça. Booba est numéro un des tendances sur tous les réseaux, à l’instant précis où la majorité des utilisateurs en France ont le reflexe de se connecter, ne serait-ce que succinctement.

Sujet de conversation immédiat dans toutes les soirées, tout le monde veut avoir son avis sur cet album, et, par conséquent tout le monde veut l’écouter. Tout de suite, pas le lendemain en se réveillant à 17h. Même ceux qui n’ont pas l’habitude de télécharger légalement se sentent obligés de le faire, les liens pirates étant introuvables pour le moment. Booba, tranquillement posté à Miami avec six heures de décalage, voit le disque d’or arriver avant minuit.

1er janvier, 23h59

Jul, comme tout le monde, a découvert la sortie de l’album-surprise de Booba quelques minutes après avoir embrassé ses potes de Ghetto Phénomène pendant une petite soirée entre potes à jouer à Fifa, en leur souhaitant « bonne année le sang ». À six heures du matin, alors que tout le monde allait se coucher, il fermait la porte de son home-studio, piochant parmi les dizaines de beats mis de côté au cours de l’année 2016. Travail acharné de six heures à midi, trois heures de sieste, et à nouveau huit heures de folie à s’auto-enregistrer. À vingt-trois heures, l’album est prêt. Manque une cover : Jul saisit son smartphone, se lance dans une série de selfies, choisit le plus sobre, ouvre Photoshop, rajoute quelques effets improbables et une police d’écriture parfaitement kitch : tout est prêt. Trente minutes plus tard, l’album est uploadé et balancé gratuitement à son public, via un statut facebook en capslock ponctué d’un « MON CADO POUR LA NOUVEL ANNEE LE SANG JVOUS AIMES ». 



2 janvier, 12h00.

Inspiré par la productivité ahurissante de Jul, l’un des rappeurs les moins productifs de l’underground français, Joe Lucazz, décide de se prendre en main : deux ans après son premier véritable projet solo, No Name, il lance enfin la suite, sobrement intitulée No Name 2.0. Une sortie prévue fin janvier, mais finalement avancée par Joe lui-même, qui annonce fièrement à ses fans : « Le game a changé. Je ne peux plus me contenter de laisser mon public sans nouvelles pendant des années. En 2017, je vous proposerai quatre albums : deux payants, et deux gratuits. Comme Jul ». Bloqué par des détails contractuels avec son label, puis par des problèmes avec la justice, après avoir perdu son pass navigo, puis endommagé son disque dur, et enfin décidé de faire une pause artistique pour « évacuer le stress », il attendra finalement Avril 2021 pour lancer No Name 3.0



5 Janvier

Sortie de « Mr Punchlines », le nouveau projet d’Escobar Macson, avec notamment Ghetto Guet Apens 2.0 feat Lalkco, Despo Rutti et Nakk Mendosa. Un titre qui crée énormément d’enthousiasme auprès des connaisseurs, à tel point qu’Escobar se décide à appliquer la même recette au reste du rap français : entouré de l’équipe Urban Shoot, il se lance dans le projet de créer des versions 2.0 à chacun des plus grands classiques du rap français. La sortie de la compilation sobrement intitulée « 2.0 » est un véritable évènement : des classiques sous-estimés comme Les Loups dans la Bergerie (Nessbeal feat Zesau, Lacrim, Sch, Sadek) aux remixs de tubes, comme Jackpot 2017 (113, Lartiste, Mister You, Alonzo, Gradur), la sauce prend, et la compilation ravit aussi bien l’ancienne génération, contente de revoir ses classiques remis au goût du jour, mais aussi la nouvelle génération, heureuse d’entendre ses idoles actuelles se mesurer aux tauliers sans démériter. La compilation se conclue en beauté par une reprise de 12 minutes du 80Zetrei de Kaaris, réunissant Sofiane, Mac Tyer, Joeystarr, Shone, Despo Rutti, Escobar Macson, Kalash Criminel, GB Paris, Sefyu, et la moitié des rappeurs du 93. Un titre qui crée énormément d’enthousiasme, à tel point qu’Escobar se décide à appliquer la même recette aux autres départements. Entouré de l’équipe Urban Shoot, il se lance dans le projet de créer un anthem mythique pour chaque département majeur du rap français…


20 Janvier

Le Wati-B a conquis la France entière dans des domaines aussi nombreux que diversifiés : la musique, les fournitures scolaires, les boissons à bulles, la télévision… Quand Barack Adama a annoncé, en 2016, la sortie d’un projet solo « La Propagande », pour le 20 janvier 2017, tout le monde a pensé que le rappeur allait se contenter de vouloir se tailler une part du juteux gâteau. Mais non : « La Propagande » est en réalité la première étape du parcours de Barack vers la Présidentielle. Avec Wati-République, le parti qui sait parler aux jeunes –voire aux très jeunes, pas encore en âge de voter-, le rappeur applique en politique les recettes qui ont fonctionné dans le monde de l’entertainment : teasing plutôt court (moins de 5 mois avant les élections), volonté de toucher la majorité, rengaines entêtantes. Le coup de génie tient surtout dans l’organisation des meetings, toujours séquencés de la même manière : concert de la Sexion d’Assaut en première partie, puis discours de Barack Adama, conclu par l’entrée en scène de Niska et Maitre Gims pour ambiancer la foule sur Sapés comme Jamais. Évidemment, tous les meetings affichent complet, et la tournée nationale se conclue en feu d’artifice au Stade de France, devant 80000 partisans en liesse. 




21 Janvier

Pour fêter sa première année d’existence, le supergroupe Ténébreuse Musique, composé d’Alkpote et de Butter Bullets, organise un concert au Gibus. Du moins, c’est ce que les organisateurs essayent de vous faire croire. Après une première partie parfaitement assurée par Radmo et Krampf, l’entrée en scène des stars de la soirée laisse le public perplexe : Sidisid tient un bouc en laisse, Dela dessine un pentacle sur le sol, et Alkpote porte une fourche et une cape rouge. Tandis que l’instru de La Vérité est Ailleurs démarre et que la foule commence à se prendre au jeu, le bouc se redresse sur les pattes arrière, prend le micro, et annonce l’ouverture de la valse des démons. Pendant toute la nuit, les âmes possédées se livrent à la débauche, au sadisme et à la perversion, transformant les pauvres admirateurs de la Ténébreuse Musique en succubes assoiffées de vice. Au petit matin, les premiers rayons de soleil viennent refermer les portes de l’enfer : les spectateurs oublient tout et prennent le premier métro pour retrouver une vie normale, le bouc retourne manger de l’herbe, Alkpote retourne la fumer, et Butter Bullets redevient un étrange groupe de rap. Tout est bien qui finit bien.


27 janvier

Après une année 2016 époustouflante et l’incroyable série #JesuispasséchezSo, Sofiane revient enfin dans les bacs, avec un véritable album studio sous les couleurs du label Capitol. Alors que tout le monde s’attend à l’entendre kicker et casser des bouches comme sur chacun de ses titres sortis en 2016, Sofiane surprend : reconverti dans le pur R'n'B romantico-sensuel, il livre un album teinté des influences de Donell Jones et des Boyz II Men. Proposé avec un pack contenant de l’huile de massage, une rose rouge, une boite de préservatifs, et un poster de Sofiane torse-nu sur un lit de pétales de fleurs, l’album « FianSo Lovely » fait un flop total dans les charts, mais récolte un succès critique exceptionnel. « Doux, épicurien et luxurieux » selon Olivier Cachin, « Grande œuvre charnelle qui réconcilie les fans de R.Kelly et ceux d’Alkpote » selon Mehdi Maizi, et même « Monument artistique, qui bouleverse à jamais l’histoire de la musique en France »  pour Thomas Blondeau... So Lovely marque tellement les esprits que l’immense majorité du rap français se sent obligée de suivre la tendance lancée par Sofiane, et 2017 devient au R'n'B sensuel ce que 2014 a été à la trap. Comme si on avait besoin de ça...

 


Crédit photo : David Wolff / Getty images

+ de Booba sur Mouv'
+ de Jul sur Mouv'
+ de Kaaris sur Mouv'
+ de Wati-B sur Mouv'



 

Enregistrer

/ le 26 décembre 2016

Commentaires