C'est qui, ce Goncourt, au fait ?

Par Augustin Arrivé / le 04 novembre 2013
C'est qui, ce Goncourt, au fait ?
Le prestigieux prix Goncourt vient d'être décerné à Pierre Lemaître. Mais si la récompense est une promesse de gloire, son créateur, lui, est presque tombé dans l'oubli. Il faut dire qu'on hésite à ressusciter ce controversé Edmond.

 

Bah alors ? Vous ne remettez pas Edmond ? Pourtant, avec sa belle moustache broussailleuse, il ne passe pas inaperçu. C'est lui, Edmond de Goncourt, qui est à l'origine de l'académie du même nom et par extension du prix Goncourt, qui vient d'être décerné à Pierre Lemaître (pour Au revoir là-haut), 110 ans après le tout premier lauréat.

 

Pierre Lemaître présente son ouvrage "Au revoir là-haut" lors de la rentrée littéraire © Ed. Albin Michel, 2013


Edmond de Goncourt, portrait par Nadar

Edmond était lui-même écrivain. Il publiait des histoires à quatre mains avec son frère Jules. Merci maman qui leur avait légué, en mourant, de quoi subvenir à leur besoins. Edmond et Jules étaient bien contents, ça leur permettait d'échapper à ce qu'ils appelaient de la "littérature de consommation" : les bouquins écrits sur commande façon Balzac, parfois à la va-vite par nécessité plutôt que par plaisir artistique.

 

 

Les deux frangins s'étaient fait la promesse qu'ils aideraient leurs collègues à éviter cette écueil. Jules étant mort le premier, c'est à Edmond que revient le devoir de concrétiser le projet. Sur son testament, il confie son héritage et ses intérêts à une toute nouvelle Académie Goncourt, pilotée par son ami Alphonse Daudet. Les dix membres de ce petit collège recevront 6.000 francs par an, et remettront chaque année à un auteur novateur une bourse de 5.000 francs. Sympa.

 

C'est un certain John-Antoine Nau qui touche le premier jackpot (pour Force Ennemie). Un siècle plus tard, avec l'inflation, la cagnotte est descendue à 10€ à peine. Mais la renommée du bouzin compte davantage que la valeur réelle du prix. Tahar Ben Jelloun, lauréat 1987, interrogé par Le Point, conseille aux primés d'encadrer le chèque plutôt que de l'encaisser.

 

Quant à nous, on vous conseille plutôt de lire Au revoir là-haut, le dernier récompensé, sur les soldats revenus traumatisés de la première Guerre Mondiale. Ce ne sera sans doute pas très fendard, mais probablement plus sain que bon nombre de passage du Journal, principale oeuvre de la fratrie Goncourt, compte-rendu de la seconde moitié du XIXe siècle, aux forts relants antisémites. "Dans une cervelle sémite", écrivait par exemple Edmond en 1893, "tout est tarifé : choses honorifiques, choses de coeur, choses quelconques."

 

 

Edmond et Jules sont enterrés au cimetière de Montmartre, à Paris. Comme Dalida et Michel Berger. On préfèrera peut-être se recueillir sur la tombe de Dalida.

 

Jérome Ferrari, prix Goncourt 2012, avait choisi le Mouv' et Frédéric Bonnaud l'an dernier pour son premier grand entretien. Réécoutez Plan B en cliquant ici.

Frédéric Bonnaud qui parlait à nouveau du Goncourt ce week-end avec Alexis Jenni, lauréat 2011. Cliquez ici.


Par Augustin Arrivé / le 04 novembre 2013

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