Brésil : Barricades contre Foutchebol

/ le 25 juin 2013
Brésil : Barricades contre Foutchebol
Le Mondial 2014 aura t-il lieu ? Au Brésil, les investissements monstres engagés pour la Coupe du Monde de Football attisent la colère de la rue. Une première dans le pays du ballon rond.

 

Ici, le foot est une religion, un état d'esprit, un mode de vie. Alors quand 200 000 personnes manifestent à Rio de Janeiro en criant "des transports, pas des stades !" le vernis du miracle brésilien se craquelle. Il dévoile un état qui privilégie son image au détriment des avancées sociales. Il y a 20 ans déjà, les Inconnus avaient (sans éviter les clichés) plutôt bien résumé la situation.

 

 

Partie de Sao Paulo et boostée par les réseaux sociaux,la fronde s'est rapidement étendue aux capitales régionales. Elle intervient au moment de la Coupe des Confédérations, sorte de répétition générale de la Coupe du Monde qui aura lieu l'an prochain. Selon les chiffres officiels, le budget prévisionnel du Mondial s'élève à 15 milliards de dollars (11,4 milliards d'euros.) Inconcevable pour les manifestants qui réclament plus de santé, plus de transports, plus d'éducation, moins de corruption, bref plus de justice sociale.

54 euros par tête de pipe

Comme environ 99% de ses compatriotes, Fernando Fernandes vit et respire pour le foot. Graphiste à Terésopolis dans l'état de Rio, il a vu les maisons de ses voisins emportées par les pluies diluviennes qui ont fait près d'un millier de mort en janvier 2011. Depuis, l'Etat n'a pas investi un centime pour rendre un toit aux sinitrés. Alors quand il voit la débauche de reales investis pour le Mondial, Fernando est colère :

Fernando Fernandes adoooore le football et c'est de famille

Pour le moment, le coût du Mondial s'élève à 54 euros pour chacun des 194 millions de brésiliens, mais la  facture devrait s'alourdir d'ici le coup d'envoi du mondial le 12 juin 2014. Témoin : le mythique stade Maracana de Rio de Janeiro. Sa rénovation a couté 449 millions d'euros, deux fois le montant du devis initial. Elodie Touchard avait assisté au match inaugural Brésil-Angleterre le 2 juin dernier :

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Si les brésiliens conservent malgré tout l'amour du jeu, la plupart d'entre eux vivront le Mondial devant la télé. Le prix des billets ne sera connu que dans quelques jours, mais on sait déjà que le brésilien moyen ne pourra pas s'offrir le moindre match de poule. Fernando ne décolère pas :

 

"La vraie présidente du Brésil, c'est la FIFA"

Adversaires désignée par les contestataires : la FIFA, accusée de s'engraisser sur le dos des brésiliens. Son site internet a même été piraté par une ONG suisse qui réclame une Coupe du monde solidaire. Attaquée de toutes part, la fédération vient de réagir par la voix de son porte-parole Jérôme Valcke :

 

Je veux que ce soit bien clair : la finale de la Coupe des Confédérations se jouera au Maracana et la Coupe du monde se jouera au Brésil. Il n'y a pas de plan B.


 

Les observateurs dénoncent les largesses fiscales accordées à la FIFA par le gouvernement brésilien : exonérations d'impôts dans l'attente des retombées économiques du mondial. La présidente brésilienne Dilma Roussef assure que "l'argent dépensé pour les stades sera dûment remboursé par les entreprises" 

Mais la rue n'y croit pas trop, soutenue par Romario, ancien attaquant de la Seleçao et champion du monde 1994. Aujourd'hui député, il explique en vidéo que la FIFA est désormais "la vraie présidente du pays."  Baixinho (le petit) ajoute que la FIFA "monte un cirque, ne dépense pas un centime et emporte tout".


"Le petit" en marcel

Si les joueurs de l'équipe nationale soutiennent les manifestants du bout des lèvres, toutes les anciennes gloires du foot brésilien n'ont pas son courage politique. La semaine dernière, Pelé invite les contestataires à soutenir leur équipe nationale plutôt que de s'époumoner dans la rue. Devenu en quelques heures la risée du web, il retourne son maillot dès le lendemain sur Twitter : craignant la méprise, le roi Pelé se dit "à 100% en faveur de ce mouvement pour la justice au Brésil.

 

 

Reportage de Sébastien Sabiron (@sebsabiron)

/ le 25 juin 2013

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