Booba : les destins divergents de ses compagnons de route

/ le 14 avril 2017
Booba : les destins de ses compagnons de route
Le Duc ne se mélange pas mais il invite parfois. Retour sur la destinée des artistes dont la carrière a connu un avant et un après Booba.

Derrière son image de solitaire peu enclin à se mélanger au reste du game français, Booba a croisé le chrome avec bon nombre de rappeurs tout au long de sa carrière, avec plus ou moins d’impact sur leurs parcours respectifs. Certains ont su profiter du tremplin offert par l’exposition médiatique d’un featuring pour faire carrière, beaucoup ont sombré dans l’oubli, et d’autres ont simplement continué leur chemin sans en dévier, comme si rien ne s’était jamais passé.

Il serait insultant pour la plupart d’entre eux de les considérer comme des « petits de Booba » -même si c’est clairement le cas pour certains- mais il est intéressant de comparer leurs carrières avant et après leur collaboration avec lui, et de chercher à comprendre en quoi l’irruption du rappeur dans une carrière peut –ou non- transformer une trajectoire. 

 

Les acolytes de la première heure

Ali

Mettons de côté les acolytes de Booba époque Beat 2 Boul / Time Bomb, pendant laquelle il n’est encore un rappeur émergent au milieu d’autres rappeurs émergents, et concentrons-nous sur son premier véritable partenaire, Ali. L’aventure Lunatic dure un peu moins d’une dizaine d’années, une période dorée qui voit le duo peaufiner sa technique, apprendre les rouages de l’industrie, et marquer à jamais l’histoire du rap français.

Avant la rencontre avec Booba : Ali est un jeune boulonnais comme un autre. Difficile de savoir comment aurait évolué Ali sans Booba, et vice-versa –puisque l’un et l’autre se sont nourris mutuellement. Théoriquement, l’un comme l’autre n’auraient eu aucun mal à tabler sur le même type de destinée, que ce soit en solo, avec un autre partenaire, ou au sein d’un autre groupe : Ali membre des Sages Po’ ou d’un groupe en duo avec Salif, Booba membre des X-Men ou d’un groupe en duo avec Oxmo, toutes les combinaisons sont possibles et imaginables.

Après la rencontre avec Booba : Ali et Booba ayant deux conceptions de la musique et de l’industrie différentes, leurs ambitions sont radicalement opposées. Avec trois albums solo en dix ans, et un label qui tourne au ralenti, sa carrière post-Lunatic est contrastée : une réussite indéniable sur le plan critique, contrebalancée par une position de plus en plus confidentielle sur le plan médiatique.

 

Nessbeal

Celui qui a été le meilleur sidekicks de Booba pendant sa période de transition entre la fin de Lunatic et son explosion définitive en tant que mâle dominant du rap français a laissé planer de nombreuses interrogations il y a quelques années en confessant « regretter le jour où [il a] dit non à B2o », que ce soit par pure volonté d’indépendance ou simplement pour des histoires de contrats –chose que Booba avouera ne pas trop comprendre.

Avant la rencontre avec Booba : Nessbeal démarre sa carrière avec son groupe Dicidens, publiant deux maxis en 1999 et 2000, avant d’entrer définitivement dans le jeu suite à un un featuring avec Lunatic sur un titre mythique, De Larmes et de Sang. Proche de Booba, il apparait sur ses trois premiers projets solo (Temps Mort, Panthéon et Autopsie Vol.1) et enchaine quelques featurings avec lui sur diverses compilations (la BO de Taxi 3, Illicite Projet).

Après la rencontre avec Booba : Le premier album solo de Nessbeal n’arrive qu’en 2006 –tout juste un an après sa dernière collaboration avec Booba- et le condamne d’ores et déjà à une carrière en dents de scie :  succès critique indéniable, semi-échecs commerciaux, et statut inconfortable d’éternel sous-côté.

 

Le 92i de base

Mala

La plus longue histoire d’amour artistique de Booba commence dès l’époque du Beat 2 Boul, et se termine –sans qu’il n’y ait vraiment de communication à ce sujet- en 2012 avec l’album Futur. Une grosse quinzaine d’années, pendant lesquelles Mala apparait sur chacun des albums de son acolyte, en plus de placer quelques titres solo sur Autopsie. 

Avant la rencontre avec Booba : Mala est un adolescent boulonnais comme un autre, pris dans l’émulation générale au milieu des années 90 : à Boulogne, tout le monde rappe, et tout le monde finira par faire carrière.

Après la rencontre avec Booba : A mi-chemin entre le statut d’éternel rookie et celui de vétéran du game, Mala n’a jamais réellement investi le milieu du rap, se contentant d’un seul album solo –un grand classique- et d’apparitions éparses aux côtés de ses acolytes proches ou de rappeurs confidentiels.  Mala a évidemment profité de l’exposition de Booba pour se faire un nom, mais n’a jamais semblé avoir envie d’exploiter outre-mesure sa position dans le milieu du rap.

 

Issaka et Brams

Dans le fond, l’histoire de la collaboration entre Booba et les deux autres membres de la Malekal Morte est à peu de choses près la même que celle de Mala –avec aussi peu, voire moins, d’apparitions en dehors des projets de Booba. Issaka signe sa dernière apparition avec ses compères sur l’album Ouest Side, tandis que Brams continue à participer à la plupart des projets impliquant le 92i, jusqu’à sa disparition tragique en 2011. Pour l’un comme pour l’autre, on ne peut pas réellement quantifier l’exposition offerte par Booba, car ces deux rappeurs n’ont jamais réellement cherché à se lancer dans une véritable carrière artistique.

 

Djé

Là aussi, même principe qu’avec Mala : Djé prend plus ou moins la place qu’occupait Issaka jusqu’à 2006, et participe aux différents projets de Booba jusqu’en 2012. Tout comme Issaka et Brams, on ne peut pas réellement quantifier l’impact de sa proximité avec Booba sur sa carrière -son premier projet solo date en effet de 2015, après son départ de Tallac Records.

 

 

Les acolytes récents

Kaaris

Le cas de Kaaris au sein de cette liste est probablement le plus atypique, et celui qui permet de relativiser tous les autres : son changement de statut avant/après la rencontre avec Booba est le plus spectaculaire de la liste, et représente l’un des seuls cas de réussite commerciale malgré l’émancipation.

Avant la rencontre avec Booba : Après une décennie 2000 à rapper en dilettante, entre deux mésaventures personnelles, Kaaris commence à se faire un nom et une réputation à partir de 2010, où il enchaine quelques featurings importants et se retrouve dans le giron de Therapy Music.

Après sa rencontre avec Booba : En l’espace de deux ans, Kaaris est passé de rappeur à fort potentiel à poids lourd du game. Difficile d’imaginer comment aurait évolué sa carrière sans Criminelle League et surtout Kalash, un titre qui a réellement révélé le sevrannais aux yeux du public français, mais une chose est sûre : son évolution au cours de cette période démontre qu’il est possible de parfaitement exploiter la médiatisation qui découle d’une telle collaboration, tout en prouvant qu’il est possible de se sortir d’un clash avec Booba sans finir aux oubliettes.

 

Gradur

Il serait assez réducteur de dire que Gradur doit tout à Booba, mais lui-même semble se complaire dans cette situation, alors ne gâchons pas son plaisir.

Avant la rencontre avec Booba : Gradur est un militaire nordiste qui n’en peut plus de l’armée, et qui commence à faire parler de lui à travers quelques featurings  –Kozi, NVRBoyz, Cahips et une première série de freestyles.

Après la rencontre avec Booba : Il a suffit d’un partage de Booba pour que le buzz de Gradur explose. Suite à ce coup de pouce, le nordiste a évidemment parfaitement occupé le terrain, avec un nombre incroyable de freestyles et de clips, une mixtape gratuite, avant d’enchainer deux disques d’or et un disque de Platine en moins de deux ans.

 

Dosseh

A l’image de sa carrière oscillant entre les hauts et les bas, les belles promesses et la consécration tardive, la relation Dosseh-Booba se fait en deux étapes : le premier featuring, en 2010, est très attendu mais n’enthousiasme finalement pas les foules, tandis que le deuxième, six ans plus tard, est plus dépouillé et plus efficace, et trouve finalement son public. Un cas intéressant, puisqu’il prouve qu’une collaboration avec Booba peut aussi bien conduire au néant qu’au succès.

Avant la rencontre avec Booba en 2011 : A l’image de Niro avant son apparition sur Autopsie 4 ou de Despo sur Autopsie 3, Dosseh est un rappeur que tout le monde imagine exploser assez rapidement.

Après la rencontre avec Booba en 2011 : Là où Niro avait enchainé en occupant le terrain toute l’année avant la sortie de son premier projet, Dosseh disparait complètement des radars, ne profitant pas de l’exposition offerte par son featuring sur l’album Lunatic.

Avant la rencontre avec Booba en 2016 : Après une longue traversée du désert, Dosseh enchaine quelques projets honnêtes et prépare surtout la sortie de son premier véritable album Yuri –particulièrement ambitieux, avec les participations de Young Thug, Tory Lanez, Nekfeu et donc Booba.

Après la rencontre avec Booba en 2016 : Le public français ne portant que peu d’intérêt au rap américain, les featurings avec Young Thug et Tory Lanez passent inaperçus, tandis que ceux avec Booba et Nekfeu constituent deux des principaux succès de l’album. Un peu comme Niro à l’époque d’Autopsie 4, sa nouvelle dimension n’est pas due à sa collaboration avec Booba, mais celle-ci constitue simplement un coup de pouce bien exploité.

 

Les invités d’Autopsie

Il fut un temps où figurer le temps d’un titre solo ou d’un featuring sur une mixtape Autopsie était le Graal absolu pour tout rappeur français en quête d’un coup de projecteur –même la majorité d’entre eux n’a pas réellement su exploiter l’occasion.

Kennedy

Devenu la cible des moqueries pour ses piètres chiffres de ventes ou pour ses choix étonnants, Kennedy a pourtant été considéré, au milieu des années 2000, comme l’un des plus gros potentiels du rap français –qui fait écrire à Brain Magazine, en 2008 : « Kennedy est l'avenir du rap français, le génie jeune, la perle chargée au C4 ».

Avant la rencontre avec Booba : Le cas de Kennedy est assez éloquent, puisqu’avant de collaborer avec le boulonnais, il est déjà plutôt bien en place dans le game –de par ses collaborations avec Sinik et Diams d’un côté, mais aussi et surtout pour son passif de rappeur de rue.

Après la rencontre avec Booba : Sa courte entente avec l’auteur de Ouest Side –qui l’encense en interview, l’invite en freestyle, et le convie même sur son album- constitue in fine le climax de sa carrière : la suite ne sera qu’une longue suite d’incompréhensions et de choix douteux.

 

Unité Spéciale

Typiquement l’exemple d’une mise en lumière stérile : malgré des apparitions sur trois (!) volumes d’Autopsie, l’Unité Spéciale ne marque pas particulièrement les esprits, et n’exploite à aucun moment l’éventuelle exposition liée à la promo de ces différentes mixtapes. 

Avant la rencontre avec Booba : Unité Spéciale est un groupe très confidentiel du 91.

Après la rencontre avec Booba : Unité Spéciale est un groupe très confidentiel du 91.

 

Seth Gueko

Sans collaborer directement avec Booba sur Autopsie –le featuring n’arrivera que quelques années plus tard, sur le deuxième album de Seth-, Seth Gueko apparait sur Autopsie Volume 3 avec le titre Démarrer , qui constitue plus une confirmation du nouveau statut du rappeur au sein du game que d’un véritable coup de projecteur.

Avant la rencontre avec Booba : Après quelques années à broyer le rap français sur une série de mixtapes et de street-albums, Seth vient de sortir son premier véritable album, La Chevalière –qui marque une légère rupture avec le style très brut des projets précédents, mais permet à Seth de franchir un gros palier médiatique et commercial.

Après la rencontre avec Booba : Son apparition sur Autopsie Volume 3 n’a pas d’effet particulièrement notable sur sa carrière, puisqu’au moment de sa sortie, Seth Gueko est déjà bien installé, mais permet tout de même de le crédibiliser auprès du grand public, et de le « valider » définitivement en tant que nouvelle tête porteuse du game.

 

Despo Rutti

Même principe que pour Seth Gueko : Despo apparait sur Autopsie Volume 3 avec un titre solo qui annonce la sortie de son premier véritable album, Convictions Suicidaires, un an plus tard.

Avant la rencontre avec Booba : Despo, comme Seth, est un rappeur en pleine ascension, qui a déjà marqué le game avec le street album Les Sirènes du Charbon, et qui met de bonnes gifles à la plupart des rappeurs qu’il croise en featuring.

Après la rencontre avec Booba : Là aussi, il s’agit plus d’une validation définitive que d’un véritable coup de projecteur. Despo sort son album l’année suivante, s’amuse de s’être « assis à la table » du daron des rappeurs français, mais n’explose jamais complètement, pour tout un tas de raisons : un album excellent mais très sombre, sans le moindre single potentiel, suivi de problèmes avec sa maison de disques, puis de longues années à lutter contre des problèmes de santé –avant d’accomplir le miracle artistique Majster, mais c’est une autre histoire.

 

Grodash

Un peu sur le même principe que Kennedy, Grodash est un ex-pote de Sinik –au sein d’Ul Team Atom- qui finit par sympathiser avec Booba : pour lui, un solo sur Autopsie Vol.4, et une dédicace sur le titre Corner. Une belle attention pour un rappeur qui traversé les décennies, mais pas de quoi bouleverser une carrière.

Avant la rencontre avec Booba : Grodash a quinze ans de rap derrière lui, une discographie chargée en groupe comme en solo, et jouit d’un vrai respect au sein de la scène du 91.

Après la rencontre avec Booba : Grodash a toujours quinze ans de rap derrière lui, une discographie toujours aussi chargée en groupe comme en solo, et jouit toujours d’un vrai respect au sein de la scène du 91. Rien de plus, rien de moins.

 

Smoker 

Prenez le paragraphe précédent et remplacez Grodash par Smoker. Mêmes tenants, mêmes aboutissants (le groupe avec Sinik en moins).

 

Niro 

Niro est l’un des cas intéressants de cette liste, puisqu’il est rapidement passé du statut de rappeur en devenir à celui de tête d’affiche, et que cette ascension correspond donc à la période de son apparition avec un morceau solo sur Autopsie 4.

Avant la rencontre avec Booba : Son explosion étant assez rapide, et chronologiquement en phase avec le titre Fenwick, il est difficile de cibler le moment où Niro a vraiment pris l’ampleur qu’il a aujourd’hui. Globalement, on peut simplement dire que son apparition sur Autopsie n’a pas été un déclencheur, mais qu’elle a tout de même été parfaitement exploitée : Niro aurait fait carrière avec ou sans cet épisode, mais a su exploiter de la bonne manière cette mise en avant pour accélérer un peu les choses.  

Après la rencontre avec Booba : Niro se défend –tout à fait légitimement- d’avoir eu besoin d’Autopsie pour percer, enchaine sur un nombre incalculable de featurings avec absolument tous les rappeurs du monde, puis sur l’un des meilleurs projets francophones de ces dernières années, Paraplégique.

 

Naadei

 

Etonnamment, la chanteuse canadienne est l’une des artistes les plus mises en valeur par Booba pendant la décennie 2000 : deux titres solo sur Autopsie 2 et 3, et un featuring sur 0.9.

Avant la rencontre avec Booba : Inconnue en France, Naadei n’a pas sorti le moindre projet, et tout le monde se demande comment elle se retrouve sur Autopsie.

Après la rencontre avec Booba : Sa carrière ne prend pas le moindre tournant à l’époque, et les choses mettent longtemps à se décanter pour elle : son premier projet ne date que de l’année dernière, mais ses collaborations avec Booba lui ont certainement permis de faire avancer les choses. Preuve que ses connections n’ont rien perdu de leur standing, elle collabore avec 2Chainz ou Wyclef Jean, et parvient à faire parler d’elle sur de gros médias américains comme Complex, Noisey ou The Fader.  

 

Le nouveau 92i

A la différence du 92i de la décennie 2000, composé principalement de rappeurs s’aventurant en studio uniquement par intermittences, le crew actuel est exclusivement composé de rappeurs destinés à faire carrière. L’influence de Booba sur leurs destinées respectives est donc, en toute logique, bien supérieure à celle qu’elle a été il y a une dizaine d’années.

 

Damso

Jusqu’ici, la meilleure réussite du label, et le seul à combiner réussite critique et succès commercial.

Avant la rencontre avec Booba : Sans être un inconnu complet, Damso est simplement un membre de la scène bruxelloise comme un autre, qui commence tout de même à se faire remarquer à partir du moment où il se lance réellement en solo.

Après la rencontre avec Booba : La collaboration entre les deux hommes est encore loin d’avoir livré son épilogue –quoi que, personne n’est à l’abri d’une brouille- mais on peut d’ores et déjà affirmer que Damso a parfaitement su profiter de l’exposition offerte par son mentor : disque d’or dès son premier album avec le 92i, il est clairement en passe de devenir l’une des principales têtes d’affiche du rap francophone.

 

Shay

 

La seule rappeuse à avoir collaboré avec Booba au cours de sa très longue carrière est arrivée un peu par surprise sur Autopsie 4, avant de passer une demi-douzaine d’années à préparer l’arrivée d’un album, pour un bilan finalement mitigé : la critique ne s’emballe pas malgré une direction artistique bien ficelée, et les ventes ne décollent pas, malgré des chiffres de vues encourageants.

Avant la rencontre avec Booba : Personne n’a entendu parler d’elle dans le milieu du rap, et hormis quelques freestyles enregistrés avec les moyens du bord, rien n’est jamais sorti de sa chambre.

Après la rencontre avec Booba : La statut de Shay est encore précaire. Si elle a évidemment changé de dimension, elle n’est pas encore devenue la reine du game français, comme les moyens mis autour d’elle pouvaient le laisser penser. Mais une artiste qui a mis six ans à sortir son premier projet est certainement très patiente, et elle devrait continuer à développer son image et sa musique sans trop se précipiter, en analysant les réussites et les échecs de cet album.

 

Siboy

Le seul du crew des 4 Fantastiques (Damso-Shay-Benash-Siboy) a ne pas encore avoir eu la possibilité de sortir un album –mais a priori, ça ne devrait plus du tout tarder.

Avant la rencontre avec Booba : Enième rappeur cagoulé, Siboy fait pas mal de bruit à partir de 2014, avec une série de clips en équipe restreinte. Encore loin d’avoir complètement explosé, son nom tourne tout de même assez rapidement, au point où sa signature sur un gros label n’est absolument pas une surprise.

Après la rencontre avec Booba : Il est encore trop tôt pour évoquer les réussites ou les échecs de Siboy au sein du 92i, mais deux premiers enseignements sont à tirer : dès sa signature, l’hyper-productif Siboy s’est fait extrêmement rare, passant de deux titres par mois à deux titres par an ; et deuxièmement, son style s’est affiné. Siboy est toujours aussi dingue, mais sait se montrer plus subtil quand il le faut –car sans maitrise, la puissance n’est rien.

 

Kalash

Seul membre du 92i à ne pas être un véritable rappeur, mais plutôt un artiste dancehall, Kalash, moins médiatique que Shay ou Damso, apporte une couleur musicale différente au sein du collectif, et se construit tranquillement une  jolie carrière. 

Avant la rencontre avec Booba : Même si l’essentiel du public métropolitain l’a découvert récemment, Kalash opère dans le monde de la musique depuis la première moitié des années 2000, où il écume les compilations et les featurings. Sans atteindre les sommets des charts, il prend tout de même une belle ampleur à partir de 2010, avec son premier album sobrement intitulé « Kalash », suivi d’un second trois ans plus tard, « 2# Classic ».

Après la rencontre avec Booba : Artiste déjà renommé aux Caraïbes, l’arrivée de Kalash au sein du 92i lui permet surtout de traverser l’océan et de toucher le public métropolitain –et donc de franchir un palier médiatique. Sur ce coup, la carte Booba fonctionne à merveille : Kalash passe un véritable cap, et obtient son premier disque d’or avec son troisième album.

 

Gato da Bato

Depuis sa première apparition sur Autopsie Volume 4, Gato da Bato apparait comme une énigme. Intriguant, le rappeur haïtien est depuis apparu sur tous les albums de Booba.

Avant la rencontre avec Booba : Complètement inconnu en France, Gato da Bato est actif sur la scène de Little Haïti depuis 2009, avec quelques apparitions sur des mixtapes locales, avant de se lancer de manière plus sérieuse à partir de 2012.

Après la rencontre avec Booba : Gato n’a pas réellement percé en France, principalement pour des raisons linguistiques. La plupart de ses morceaux sont en effet rappés en créole haïtien, malgré quelques tentatives en anglais. Malgré tout, ses featurings avec Booba sont toujours accueillis positivement, car au-delà de cette barrière linguistique, le rappeur haïtien a tendance à mettre tout le monde d’accord sur le plan de l’interprétation et du flow.  Difficile d’espérer le voir devenir un poids lourd en France, mais le soutien logistique et stratégique du 92i en tant que label devrait lui permettre de se développer et de toucher le public haïtien dans un premier temps, avant, peut-être, d’envisager de lorgner sur le public anglophone.

 

Bridjahting

S’il n’est pas officiellement membre du 92i, le rappeur de Bagneux tourne tout de même dans le giron de Booba depuis le succès du titre Mové Lang il y a deux ans, et enchaine les collaborations avec Gato da Bato, avec qui il partage cette volonté de rapper en créole.

Avant la rencontre avec Booba : Bridjahting opère dans le milieu de la musique depuis la première moitié des années 2000, mais la première partie de sa carrière n’est pas particulièrement active : quelques titres enregistrés par intermittence, avant une pause de quelques années, sans jamais réellement faire de percée médiatique : comme Gato, le créole représente un frein pour le public purement francophone.

Après la rencontre avec Booba : Le rappeur d’origine guadeloupéenne a forcément gagné en visibilité –d’autant qu’il est désormais régulièrement mis en avant par OKLM- mais reste un objet mystérieux pour le public.

 

40000 Gang

Avant la rencontre avec Booba : L’histoire de la SDHS Family est un brin nébuleuse, mais pour faire court, malgré quelques titres déjà disponibles en ligne le collectif était encore tout jeune au moment où Booba a décidé de le prendre sous son aile –et n’avait donc pas encore eu l’occasion de se développer outre-mesure.

Après la rencontre avec Booba : Ca commence mal, ça finit mal. Booba remarque le potentiel du titre Porsche Panamera, qui est donc retravaillé pour l’occasion. Problème : Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme profère des accusations au sujet de certains passages du morceau  (« On canarde tout pour une cause, Mohamed Merah », « on vous rafale on a l'seum comme Merah »), qui est finalement supprimé de YouTube. Peu lisible auprès du public, le groupe publie une mixtape sous le drapeau du 92i avant d’imploser complètement. Seul Benash et Darki conservent leur place au sein du label, tandis que les autres partent de leur côté en solo –et étant données les qualités de certains, on se ne peut que prendre du temps pour les regrets.

 


 

Crédit photo : GABRIEL BOUYS / AFP

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