"Bitch Planet", le comics qui dynamite le sexisme !

Par Augustin Arrivé / le 08 juin 2016
"Bitch Planet", le comics qui dynamite le sexisme
Dans un album futuriste déjanté, une bande de femmes détenues s'allie pour faire éclater une société machiste ultra-répressive. Un coup de poing politique dans le monde parfois formaté des comics américains.

 

"Sois la version de toi-même qu'il préfère", suggère aux lectrices un encart publicitaire entre deux chapitres de l'album. "C'est bien d'être à sa disposition à tout heure, tous les jours. Accordex t'aidera." Le petit médicament est sensé transformé la ménagère en femme idéale qui sourit et se tait. Parce que c'est ainsi qu'on apprécie ces mesdames dans l'univers de Bitch Planet.

 

Extrait de "Bitch Planet", tome 1, par Kelly Sue Deconnick et Valentine De Landro © Glénat, 2016

 

Provoc et punk, le comics présente une société futuriste cauchemardesque. Les femmes jugées "non-conformes" y sont condamnées à pourrir dans une prison de haute sécurité isolée au fin fond du cosmos. "La non-conformité, ça représente toutes les femmes qui n'entrent pas dans des cases", explique la scénariste Kelly Sue Deconnick. "Elles sont trop violentes, trop résistantes, trop bruyantes, trop noires, trop grosses, trop calmes, trop dévergondées..."

 C'est une blague, tout ça. C'est de la satire. Il n'existe pas de femme "conforme". Toutes les femmes "conformes" du bouquin, ce sont des hologrammes. 

 

Extrait de "Bitch Planet", tome 1, par Kelly Sue Deconnick et Valentine De Landro © Glénat, 2016

       

Une équipe de détenues va se rebeller contre le système. Un groupe mené par Kam, une Afro experte en baston, et Penny, une obèse qui a pété les plombs à force d'entendre des anorexiques parler de régime sans gluten. Autour d'elles, toute une palette de personnages à poigne, toutes différentes, toutes en colère. Le message des auteurs est assez limpide : "il existe autant de femmes que de féminités, et personne ne devrait définir la féminité à notre place."

Un comics engagé contre la société de consommation, contre les canons formatés balancés dans la tête des ados par les mass-medias. On est loin des gros monstres des séries Marvel les plus populaires. Ici, c'est l'homme qui est l'ennemi. "Seule une vraie femme peut survivre à Bitch Planet", dixit le slogan sur la couverture.

Je perds parfois mon sens de l'humour quand je me rends compte qu'il y a trois fois plus de femmes de couleur emprisonnées aux Etats-Unis que de femmes blanches.

 

Extrait de "Bitch Planet", tome 1, par Kelly Sue Deconnick et Valentine De Landro © Glénat, 2016



Kelly Sue Deconnick dégomme toutes les injustices, toutes les étiquettes. Mais elle réussit à faire de ce manifeste un objet fun et addictif. "Valentine De Landro, mon partenaire sur l'album, me sauve souvent la mise avec son humour." Les éditions Glénat, qui publient la série en France, livrent l'ensemble accompagné d'un chouette dossier sur le féminisme dans la culture populaire. Pour s'endormir un peu moins bête et se réveiller un peu plus fort.

 


Crédit photo : Bitch Planet de Kelly Sue Deconnick et Valentine De Landro © Glénat / 2016

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Par Augustin Arrivé / le 08 juin 2016

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