Binge Watching : c'est grave docteur ?

Par Sébastien Sabiron / le 20 août 2013
Binge Watching
On connaissait le binge-drinking (biture express), voici le binge-watching (visionnage compulsif). Où comment regarder un maximum d'épisodes de série télé à la suite. Attention tout de même à l'overdose de chips.

C'était l'automne, un automne ou il faisait beau. Et pourtant je ne sortais pas de chez moi, je ne pouvais pas sortir, enfermé que j'étais dans ma prison mentale. Devant moi, Michael Scofield essayait lui aussi de s'évader de prison, déployant des trésors d'inventivité face à des gardiens sadiques, me gardant captif à chaque fin d'épisode.

Sans m'en rendre compte et sans reprendre mon souffle, je venais de m'enquiller d'une traite la saison 1 de Prison Break. 22 épisodes de 43 minutes chacun, ça laisse des traces.

Bande annonce Prison Break saison 1 © 20th Century Fox Television

Ce fût ma première expérience de Binge-Watching. Et la dernière. Les yeux rougis par mon vieux tube cathodique, les artères saturées d'acide gras saturés (régime à base de chips et de Curly), je me suis juré de ne jamais recommencer. 

Sept ans plus tard, le Binge-Watching fait pourtant chaque jour de nouveaux adeptes, éperonnés par les scénarios haletants et les nouveaux modes d'écriture des "dramas" américaines. Si la storyline est accrocheuse, il suffit d'un bon cliffhanger par épisode, d'un crossover bien senti, d'un ou deux twists ravageurs avant le season finale et vous êtes addict...

Décryptage de Jules Vanderhaeghen de la rédac du Mouv' :

 

Avec l'émergence de la VOD, les plateformes comme Netflix, Amazon et Youtube sont en passe de devancer la bonne vieille téloche de flux dans le coeur des téléspectateurs américains. Dans un récent sondage rapporté par le magazine Forbes, 88% des personnes interrogées affirment vouloir voir plus d'un épisode de leur série favorite à la fois. Les chaînes de télé l'ont bien compris, diffusant généralement deux ou trois épisodes d'un même show à la suite.

Tu n'urineras point avant la fin de l'épisode

Mais les Binge-Watchers en veulent plus. Pour eux, c'est une saison complète minimum. Et attention, toutes les séries ne s'y prêtent pas ! Newsday.com recense ainsi les six commandements du Binge-Watching, résumés ci dessous pour les anglophobes :

1) Un récit continu : chaque fin d'épisode doit vous laisser une irrépressible envie de voir le suivant. Ca marche au poil avec Breaking Bad, beaucoup moins avec Friends ou La Croisière s'amuse.

Binge-watchable / Binge-dispensable

2) Un attachement aux personnages : ça fonctionne mieux quand on les aime bien, mais les immondes salauds sont tout aussi addictifs que les gentils, à l'image de T-Bag, le joyeux taulard pédophile de Prison Break.

Ned Stark, gentil héros / T-Bag, joli salaud

 

3) Une fin : si vous voulez voir la suite, c'est que vous brûlez d'envie de connaître la fin. Parfois on se fait balader pendant 6 ans (Lost : 85 heures au total sur une île). Parfois, la série est annulée à l'intersaison (Flashforward en 2009) sans qu'on connaisse le fin mot de l'histoire. Dans les deux cas, ça fout les boules.

Une série où l'on mange du poisson / Une série qui se termine en queue de poisson

 

4) Un délire sympa : vous passez des heures devant la télé, cerveau débranché, en négligeant votre sommeil. Autant que ce soit marrant, ou vous risquez de penser que vous avez perdu votre temps. Et vous avez perdu votre temps.

5) Une certaine plus-value : il faut que votre marathon feuilletonesque ait quelconque aspect justifiable auprès de votre entourage : de bons acteurs, une écriture ciselée, un portrait sans concession de l'époque ou d'une communauté. A privilégier : The Sopranos ou The Wire. A proscrire: Joséphine Ange Gardien.

Mafia Blues / Mamy Blue

 

6) Pas de pub : le Binge-Watching ne tolère pas de pause pipi au milieu d'un épisode. C'est en cela qu'il est beaucoup plus cool que le rendez-vous télé du samedi soir : il offre une oasis de quiétude au sein d'un flôt infernal de surconsommation forcée.   

Un dernier coup de pouce pour vous lancer dans cette nouvelle tendance : CNN a publié la liste définitive des séries propices au Binge-Watching. Si vous me cherchez, je suis dans ma chambre. Il ne me reste plus que 150 épisodes avant de finir À la Maison-Blanche. Et ouais, j'ai replongé.

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Par Sébastien Sabiron / le 20 août 2013

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