"Ben Hur" : arrête ton char, Hollywood [ciné]

Par Sébastien Sabiron / le 07 septembre 2016
"Ben Hur" : arrête ton char, Hollywood [ciné]
Onze fois oscarisé en 1959, le "péplum des péplum" revient dans un remake sans âme et en 3D. Pas grand chose à sauver de ce Ben Hur version 2016, si ce n'est la course de chars. Accident industriel en approche.

Ben Hur, c'est le destin épique de deux frères ennemis : Judah Ben Hur, un notable juif et son frère adoptif Messala, officier de l'armée romaine. Déchu de son titre de prince pour un crime qu'il n'a pas commis, Ben Hur est envoyé aux galères par Messala, qui dirige la garnison romaine de Jérusalem.


Sorti en 1959, le Ben Hur de William Wyller est l'un de ces monuments comme Hollywood n'en fait plus. Un budget dantesque, des milliers de figurants, cinq semaines de tournage pour 11 minutes de course de chars dans le montage final qui dure 3h34. Le producteur de l'époque y a laissé sa peau, victime d'une crise cardiaque pour cause de surmenage.

Cent chevaux sont morts sur ce tournage © MGM


Pour s'attaquer au remake, la Paramount a choisi Timur Bekmambetov, le papa de Wanted : Choisis ton destin. Un quasi-inconnu tout comme le casting de ce Ben Hur, pioché dans le vivier low-cost des acteurs de séries télé : Jack Huston (vu dans Boardwalk Empire) dans le rôle titre et Toby Kebbell dans celui de Messala, un méchant au charisme d'huitre.

Sortez les rames © Paramount Pictures France


Le casting est l'une des nombreuses fausses notes de ce remake : des comédiens inconsistants qui débitent des dialogues d'une platitude absolue. Seule star internationale, Morgan Freeman incarne un marchand nomade affublé d'une perruque de dreadlocks qui le prive de toute crédibilité.

Souffle romanesque aux abonnés absents

Si l'original esquissait le déclin de l'empire romain en 3h34, le remake survole l'histoire en 2h04 et c'est déjà presque trop. A trop vouloir simplifier l'intrigue, la version 2016 offre un récit sans âme, sans aspérités, manichéen et totalement édulcoré. Le message biblique s'incarne dans un Jesus Christ de pacotille : un bellâtre barbu qui donne envie de se marrer à chaque fois qu'il ouvre la bouche.

Aucun cheval n'a été blessé pendant ce tournage © Paramount Pictures France


Dans ce Ben Hur, les décors naturels sont bien mis en valeur et le réalisateur a eu le bon goût de privilégier dans les moments calmes les prises de vue réelles aux effets numériques. Malheureusement, les effets spéciaux sont trop présents pendant les scènes d'action. La course de char au montage épileptique s'étire en longueur et n'atteint pas le niveau de tension de la version originale.

 


Au final, ce blockbuster trop propre oublie l'essentiel : le souffle épique et romanesque qui faisait le sel des péplums de l'époque. On se demande pourquoi Hollywood s'échine à nous abreuver de remakes moins bons que les originaux. Si vous tenez absolument à mater un péplum cette semaine, une seule chose à faire : revoir le Gladiator de Ridley Scott.

> Ben Hur de Timur Bekmambetov, avec Jack Huston, Morgan Freeman, Toby Kebbell. Paramount Pictures France. Le 7 septembre au cinéma.

 



 

Images d'illustration : © Paramount Pictures France

Par Sébastien Sabiron / le 07 septembre 2016

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