Belfast, des murs et des couleurs [PHOTOS]

Par Sébastien Sabiron / le 29 juin 2016
Belfast et street art
Dans la capitale nord-irlandaise, de gigantesques "murs de la paix" séparent quartiers catholiques et protestants pour éviter les affrontements. De part et d'autre, les décennies de violence passées se racontent en peinture sur les murs de la ville.

Nous sommes à un jet de pierre du centre de Belfast. Le taxi nous dépose sur Falls Road, en zone catholique. Au plus fort des "troubles" qui ont fait 3.500 morts entre 1969 et 1998, la rue était une zone de guerre. 

Le pub Rebel's Rest sur Falls Road, ancien QG des militants républicains © Sébastien Sabiron


Sur les murs s'étalent des fresques à la gloire des "héros républicains", militants pacifistes ou combattants actifs de l'IRA, l'organisation paramilitaire qui voulait libérer par les armes l'Irlande du Nord de la domination britannique protestante.

Portrait de l'icône Bobby Sands sur le bâtiment du Sinn Féin (la vitrine politique de l'IRA) © Sébastien Sabiron

Pour rejoindre Shankill Road, la rue parallèle, mais en quartier protestant, il faut cheminer plus de deux kilomètres le long du mur. Une structure en béton, rehaussée par du grillage, qui s'élève à sept mètres de haut.

Une centaine de murs comme celui-ci tailladent Belfast © Sébastien Sabiron

Belfast compte une centaine de ces "murs de la paix" bâtis dans les années 60 par les autorités pour remplacer les barricades. Le béton, la tôle et les barbelés confèrent à cette zone pavillonnaire une pesante ambiance carcérale. Chaque soir et lors des fêtes religieuses des deux communautés, les points de passage sont fermés. Les murs deviennent infranchissables. 

© Sébastien Sabiron
  

De l'autre côté, pas de doute, nous sommes bien en zone protestante. Le drapeau anglais et l'Union Jack britannique flottent à chaque coin de rue. Une manière d'afficher son attachement à la Couronne britannique. Là aussi, des "murals" glorifient les combattants : les volontaires "unionistes" tombés sous les balles ou les bombes de l'IRA.

Fresque murale à la gloire de combatants protestants unionistes © Sébastien Sabiron

Près de vingt ans après les accords de paix du "Good Friday", ces fresques (constamment rénovées) témoignent de blessures encore vives dans chaque communauté. Mais les jeunes générations veulent aller de l'avant.

Aujourd'hui les fresques murales se peignent sur les murs du centre ville, zone mixte et apaisée. Leur inspiration est moins politique, plus artistique. Désormais les bombes ne tuent plus personne, mais éclaboussent de couleurs la grise Belfast. On appelle ça du street art.

Street art à Belfast
Par Sébastien Sabiron / le 29 juin 2016

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