Bagdad à Paris ? Les habitants répondent à Fox News

/ le 15 janvier 2015
Bagdad à Paris ? Les habitants hallucinent
Après les attentats de Charlie Hebdo, une déferlante d'analyses parfois complètement délirantes s'est abattue sur les plateaux télé du monde entier. La palme revenant à la chaîne américaine Fox News qui compare certaines Zones Urbaines Sensibles de Paris intra-muros à Bagdad. Le Mouv a mis son gilet pare-balles.

C'est l'une des 9 ZUS, Zones Urbaines Sensibles de Paris. Le secteur de la rue Piat sur les hauteurs de Belleville dans le 20ème arrondissement compte 11.000 habitants selon l'Insee, 17% de familles monoparentales et 25% de personnes n'ayant pas la nationalité française. Une "no go zone" selon le terme employé par Fox News, pourtant accueillante, vivante et calme ce mercredi 14 janvier 2015. 

Ecoutez le reportage de la rédaction : 

 

  

Accoudés à la balustrade surplombant le parc de Belleville, et un peu plus tard devant un passage donnant sur la rue des Envierges, plusieurs jeunes réagissent aux propos de Fox News. 

Des tee-shirts Oussama Ben Laden ? C'est n'importe quoi ce que ces journalistes racontent ! Y'a rien de tout ça ici et ça nous fait plutôt rire. On est musulman et on est sympa avec tout le monde.

 

 

La police a-t-elle peur de circuler dans le quartier? "A une époque, c'était pas complètement faux", lâche une commerçante. Ce n'est plus le cas aujourd'hui". Depuis les attentats de Charlie Hebdo, la présence et l’agressivité des forces de l’ordre dans le quartier aurait au contraire redoublé selon les jeunes rencontrés. Information confirmée par d'autres riverains, qui parlent de voiture de police en permanence dans la rue.

Stigmatisation de certains quartiers

Les éducateurs du secteur ont été très sollicités ces derniers jours par les jeunes et leurs parents. "Si les personnes se sentent concernées par le débat, alors on en parle mais on ne veut pas aller au devant des familles si elles n'ont rien demandé. On ne veut pas pointer du doigt des populations et des quartiers qui sont déjà largement stigmatisés" explique une éducatrice.

 
 

 J'ai d'abord cru que c'était une blague avant d'avoir peur. Je ne me reconnais déjà pas dans beaucoup de reportages diffusés sur le quartier, mais alors là !? Il y a de la délinquance, mais peu de violence. Ici les jeunes ont été profondément choqués par les attentats même si certains ne veulent pas dire Je suis Charlie. C'est leur droit. 

 
David Valligny est l'un des responsables du centre socio-culturel Achipélia rue des Envierges. Depuis plusieurs jours, il travaille avec les ados et pré-ados sur les attaques sanglantes de ce début du mois de janvier.
 
 
 

Climat apaisé depuis 3 ans

Pas de numéro de Charlie Hebdo au comptoir du grand café à l’angle de la rue Piat et de la rue des Envierges. Lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, l’établissement qui affichait régulierement les dessins de Charb avait reçu des menaces. Entre temps, il a changé de proprietaire. "Mais s’il n’y avait pas eu rupture de stock le café aurait acheté un exemplaire du numéro post-attentat" assure la serveuse, qui précise que "le climat n’est plus du tout le même qu’il y a trois ans grâce au travail associatif auprès des jeunes notamment". 

 

  
Ces dernières années, le quartier a aussi été le théâtre d'une flambée des prix de l'immobilier, parallèlement à l'arrivée d'une population plus aisée. 
 
C'est aussi un quartier "bobo" (bourgeois-bohème). Dire que les non musulmans n'ont pas leur place ici, c'est faux et complètement affligeant. Les flics sont là en permanence. Il y a du deal, tout le monde le sait, mais personne n'emmerde personne. C'est un quartier de plus en plus mélangé.

 

  

 


 

Photos et reportage : Claire Chaudière avec capture d'écran Fox News

Photo couverture :  © Flickr Creative Commons Eric Esquivel

/ le 15 janvier 2015

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