Arcade Fire dévoile son jeu : interview

/ le 22 novembre 2013
Arcade Fire dévoile son jeu
Arcade Fire revient avec un album et un concert parisien qui feront date. Reflektor, le disque "club" des canadiens s'impose comme l'une des grandes étapes discographiques du groupe. Rencontre avec Régine Chassagne.

 

S'il y a un concert qui déchaîne les passions, c'est bien celui d'Arcade Fire qui jouera vendredi 22 novembre au Pavillon Baltard à Nogent sur Marne. Les canadiens viendront défendre leur nouvel album Reflektor avec ce show dont l'intégralité des billets s'est vendu en dix minutes sur internet. Certaines places se revendent même au marché noir jusqu'à 800 euros le ticket.

C'est dire le buzz qui précède la prestation du groupe de Win Butler le chanteur et de la violoniste chanteuse Régine Chassagne. Un dernier album qui fait référence aux traditions et aux atmosphères d'Haïti, un pays qui a vu grandir Régine qu'a rencontré Matthieu Culleron.

 

 

Matthieu  Culleron : Comment avez-vous réussi a coincer James Murphy ( LCD Soundsystem ) pour travailler avec vous sur cet album ?


Régine : On se connaît depuis longtemps et on voulait travailler ensemble. Ça marchait jamais, il était toujours occupé. Et puis là il avait du temps, on lui a dit "ça suffit tu viens maintenant !! " (rires)… ça tombait bien on avait déjà des démos très rythmées et dansantes. Moi je voulais vraiment prendre cette direction. On avait déjà débuté l’enregistrement quand il est arrivé. Il nous a aidé à défaire des nœuds. On avait déjà 14 chansons, ça nous a aidé.

MC : A l’écoute de cet album on se dit que vous vous rapprochez du concept-album …

Régine : On n’envisage jamais un album de manière conceptuelle.  Ça se fait de manière instinctive. Quand on est en plein travail, l’objectif c’est de rester connecté, inspiré. Ce n’est que par la suite que l’on voit les fils conducteurs et que cela commence à prendre forme. Mais non, ça ne part jamais d’un concept.

MC : Malgré tout il y a clairement une brise haïtienne qui souffle fort sur cet album, tu n’es pas étrangère à cela …

Régine : Ah ça non ! (rires). Moi je motive toujours les autres pour qu’il y ait du rythme. C’était déjà le cas sur l’album Funeral. C’est vrai qu’il y a des influences plus claires sur ce disque, je sais d’où ça vient mais les gens en général ne savent pas ou ne s’en rendent pas compte. On a aussi des percussionnistes haïtiens qui jouent sur l’album. Pour moi cet album est vraiment à part, c’est plus "in your face !" (rires)
 
MC : Il faut peut être expliquer cette longue histoire entre toi et Haïti …


J’ai grandi à Montréal mais ma famille vient d’Haïti. Ils sont partis dans les années 60 sous le régime de Papa Doc dans des circonstances terribles. Des deux cotés, les gens se sont fait massacrer et enlever. Je ne suis jamais retournée à Haïti avant les années 2000 parce qu’on n'avait pas les moyens et aussi parce que c’était très traumatisant pour ma mère qui voulait tout oublier.

Elle n’a jamais voulu y retourner. Quand elle est décédée, je me suis dit : "Allez j’y vais !". Tout le monde m’a dit "Non ! C’est pas le bon moment !". Mais bon, c’est jamais le bon moment ! J’ai donc commencé à y aller, puis ensuite avec le groupe. On y est souvent retourné pas la suite. Et c’est notre vie qui influence l’écriture des chansons.

Aujourd’hui, Haïti fait tellement partie de notre vie maintenant que ça sort de partout ! 


 

Même dans la musique.

MC : Certaines chansons du disque parlent de la vie après la mort, de spiritualité. Il faut y voir les traces du vaudou et encore une fois d’Haïti ?

 

Régine : Haïti, c’est un pays riche de cultures. J’ai hâte que les gens s’en rendent compte. Il y a une beauté et une profondeur exceptionnelles dans ce pays que peu de gens soupçonnent. La spiritualité est très, très particulière. Elle dépasse tout ce que je connais en Amérique et en Europe. Moi les belles chansons, les mythes et les traditions haïtiennes m’habitent. Dans l’album on y fait pas directement référence mais un peu quand même. J’ai toujours cette petite voix de l’enfance qui me parle.


MC : Pour vos concerts vous avez demandé au public de venir soit déguisé, soit de s’habiller un peu spécialement. Certaines personnes n’ont pas compris et n’ont pas appréciées. Comment réagissez-vous ?  

Régine : Ces spectacles ont les fait ensemble. Le fait de mettre un petit quelque chose de spécial, de se déguiser, ça amène vraiment quelque chose. On ne va pas à un concert comme on va voir un film. L’idée ce n’est pas d’arriver dans le noir, de s’asseoir et d’attendre. Le public a le pouvoir de rendre le show encore plus spectaculaire.

L’idée c’était de dire : "Venez on va faire un truc extra ensemble !".


 

Mais bon, il y’aura toujours des gens qui diront : "Ah ! Quoi ? Moi, me déguiser ?!! Jamais de la vie !". Mais ce n’est pas grave, personne n’est obligé. Mais ceux qui veulent, "let’s do it" ! Toi par exemple,  tu peux te mettre en robe avec des bigoudis !

MC : Comment s’est passée la rencontre avec David Bowie sur la chanson Reflektors ?

Régine : Ça s’est fait très naturellement. On était en train d’enregistrer à New York et pour cette chanson, on s’était toujours dit qu’il faudrait une troisième voix. Un narrateur supplémentaire. David Bowie était là, on lui a joué la chanson, et tout de suite il l’a beaucoup aimé. Donc, on lui a demandé s’il voulait faire la troisième voix et il a dit oui ! Aussi simple que ça ! (rires).

MC : Comment avez-vous envisagé ce nouvel album sur scène ?

Régine : Nous, on saute dans le vide et on regarde ensuite où on va atterrir. C’est vraiment un truc familial, on fait tout à la main. Tu sais, les gens pensent qu’on est géants mais en fait, on est tout petits ! 

 

Arcade Fire Reflektor (Barclay, 2013)

/ le 22 novembre 2013

Commentaires