Angoulême est Charlie

Par Augustin Arrivé / le 29 janvier 2015
Angoulême est Charlie
Le festival international de la bande dessinée d'Angoulême s'est ouvert, jeudi 29 janvier, hanté par les attentats de Charlie Hebdo. Les références aux dessinateurs assassinés sont partout. Un livre-hommage vient même d'être édité.

 

 

Il pleut des cordes sur Angoulême et ça a beau être un hasard, c'est un symbole fort. Le festival de la BD pleure ses artistes massacrés. Charb, Tignous, Honoré, Wolinski et Cabu sont partout, où que vous regardiez, et dans tous les esprits, si vous fermez les yeux. "Je me suis posé beaucoup de questions", reconnaît le dessinateur Baudoin. "Je me suis demandé si on pouvait faire la fête et signer des livres après ça. Mais en vérité il se passe quelque chose d'important ici. Le festival peut exister."

 

Le dessinateur Baudoin, très affecté par les attentats contre ses camarades 

 

Il a visité l'exposition-hommage avant tout le monde, mercredi soir, à la Cité de la BD ("Une histoire de Charlie Hebdo", jusqu'au 8 mars) et il l'a trouvée "très belle". Il nous en parle entre les stands des éditeurs, tous présents comme chaque année et comme chaque année tous envahis par les lecteurs à la recherche de dédicaces.

Depuis l'ouverture, ce jeudi matin, Dargaud, Delcourt, Glénat, Dupuis, Casterman, Soleil... Ils proposent tous un album en commun, "La BD est Charlie", recueil de dessins en mémoire des victimes. 170 dessinateurs y ont participé, l'ouvrage a pu être imprimé dans un temps record. Les bénéfices seront reversés intégralement aux familles des dix-sept disparus. Guy Delcourt, responsable de la bande dessinée au Syndicat National de l'Edition, est fier de cette mobilisation collective. "Dans ce genre de moment, on a tous envie de faire notre métier. Alors les dessinateurs dessinent, et les éditeurs éditent."

 

"La BD est Charlie", recueil d'hommages, en vente chez tous les éditeurs présents à Angoulême 


On pourrait logiquement ajouter que les scénariste écrivent. Wilfrid Lupano, dont deux albums (Les vieux fourneaux et Un océan d'amour) sont en compétition cette année, a réactivé son blog pour livrer sa réflexion après l'attentat. Les atteintes à la liberté d'expression ne datent pas d'hier et il évoque Jonathan Swift, l'auteur des Voyages de Gulliver, condamné à mort au XVIIIe siècle parce qu'il s'était moqué du roi d'Angleterre. La reine avait ri en lisant l'ouvrage, et la peine de mort avait été commuée en exil.

La liberté d'expression doit être totale, sinon on ne finira jamais d'en poser les limites. Après, la vraie question, concernant ce registre de l'humour, ce doit être : est-ce que c'est drôle ?


 

Un tout nouveau Prix Charlie de la Liberté d'expression a été créé pour saluer la mémoire des cinq dessinateurs assassinés. Il a été réceptionné ce jeudi soir par un Jean-Christophe Menu remonté. Il récompensera lors des prochaines éditions des auteurs persécutés ou qui se battent, précisément, pour cette liberté. En attendant, les festivaliers courent sous la pluie. Certains s'arrêtent devant les anciennes unes de Charlie, placardées dans la ville. Et puis rigolent. Ces artistes avaient tellement de talent.

 

Les unes de Charlie Hebdo placardées dans les rues d'Angoulême 

 

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Photo de couverture : Augustin Arrivé


Par Augustin Arrivé / le 29 janvier 2015

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