"American Hero" : super biture, super défonce, super film

Par Sébastien Sabiron / le 08 juin 2016
"American Hero" : super biture, super défonce, super film [cinéma]
Un américain moyen, fainéant et immature se demande ce qu'il pourrait bien faire de son super-pouvoir. Avec un budget ridicule et un Stephen Dorff extra-large, cet ovni super-héroïque réussit là ou certains blockbusters se vautrent lamentablement. Touchant et drôle.

Melvin, est l'archétype white trash de ce que l'Amérique fait de pire. La trentaine bien tassée, il habite encore chez sa mère et mène vie de débauche à la Nouvelle Orléans. Les femmes, la coke, l'alcool et la bringue constituent ses principales occupations.

Privé de la garde de son fils, il vivote grâce à son super pouvoir : Melvin a le don de télékinésie, il peut déplacer les objets par la seule force de sa pensée.

 



Flemmard, roublard, irresponsable, Melvin roule sa bosse dans les rues d'une Nouvelle Orléans post Katrina qui suinte la misère. Hormis quelques spectacles de rue qui lui rapportent quelques dollars, il ne sait pas vraiment quoi faire de son super-pouvoir. 
 

Ça, c'est du super-pouvoir © Chrysalis Films



Si vous espériez découvrir une version "indé" des Avengers, passez votre chemin. Ici, pas d'explosions pétaradantes, pas de villes entièrement détruites, pas de super-méchants monolithiques comme dans le dernier X-Men.   

Réalisé avec un budget inférieur à un million de dollars, American Hero est le septième long métrage de Nick Love. Fan absolu des films de super-héros, le réalisateur britannique dresse le portrait d'un complet anti-héros, symbole d'une Amérique des laissés pour compte.


Plutôt que de se contenter d'enchaîner les vannes graveleuses, le réalisateur pose sur ce loser magnifique un regard plein de tendresse. Melvin est capable de faire léviter le fauteuil roulant de son pote Lucille (vétéran estropié en Irak) autant que de citer Maupassant.

Chahuté par la vie, complètement paumé, Melvin n'en est pas moins généreux et sensible. Sa quête de rédemption en fait un héros du quotidien aux yeux du metteur en scène Nick Love :

Son amitié avec Lucille, c'est une forme de super-pouvoir en un sens. C'est une amitié touchante, entre deux hommes qui s'aiment vraiment. Melvin ne mentionne jamais le fait que son pote est handicapé. Bien plus que la télékinésie, ses vrais pouvoirs résident dans son grand cœur et son humanité.


 

Dans le rôle de Melvin, Stephen Dorff est impressionnant de justesse. Remarqué en vampire destroy dans Blade à la fin des années 90, l'acteur connaît depuis une carrière en dents de scie, cantonnée à quelques apparitions dans des séries B vite oubliées.

 

Melvin (Stephen Dorff) © Chrysalis Films


Ici, l'acteur met sa belle gueule de playboy fatigué au service du personnage, au point de se confondre totalement avec lui selon Nick Love :

Il y a beaucoup de Melvin en lui. Stephen a un don fabuleux, c'est un acteur extrèmement talentueux. Mais il est difficile, il est contrariant, à chaque fois que je dis quelque chose, il dit l'inverse. C'est sans doute pour ça que sa carrière ne décolle pas. Mais bon, il a ce talent, donc je l'aime. Contrairement à la plupart des autres comédiens, il ne cherche pas à tirer la couverture à lui. 



Filmé façon docu-fiction (bien moins un choix artistique qu'un artifice imposé par le faible budget du film), American Hero fait naître la poésie où l'on ne l'attend pas. Les rares effets spéciaux habilement saupoudrés (là encore, petit budget) maintiennent une dose de fun qui compense les quelques baisses de rythme du récit.

Un héros américain © Chrysalis Films


On s'attache très vite à cet anti-héros américain, au duo improbable qu'il forme avec son pote Lucille (Eddie Griffin, émouvant et gouailleur). En toile de fond, la Nouvelle Orléans (jamais remise de l'ouragan Katrina) complète le tableau de cette Amérique d'en bas, assez rarement décrite par Hollywood.

Un univers à l'image de ce film : imparfait, bordélique, mais drôle, juste et attachant.

> American Hero de Nick Love. Avec Stephen Dorff, Eddie Griffin, Luis Da Silva. Chrysalis Films. Au cinéma le 8 juin 2016.

 


 

Images d'llustration : © Chrysalis Films

Par Sébastien Sabiron / le 08 juin 2016

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