Alain Resnais mon amour

Par Augustin Arrivé / le 02 mars 2014
Alain Resnais mon amour
Le cinéaste français est mort à 91 ans, moins d'un mois après avoir présenté au festival de Berlin un énième film, "Aimer, boire et chanter", récompensé par le jury.

 

Il existe une expression toute faite : "un monstre sacré". Alain Resnais était tout sauf monstrueux, mais il était gigantesque. Rendez-vous compte : un Oscar (du meilleur court-métrage, en 1947), trois César du meilleur film (Providence, Smoking/No Smoking, On connaît la chanson), deux autres pour sa réalisation, un Lion d'or à Venise (L'année dernière à Marienbad), un Bafta (Hiroshima mon amour)... Je continue ? Trois prix Louis Delluc, deux prix Jean Vigo, et un prix "exceptionnel" du jury à Cannes pour l'ensemble de son oeuvre.

 

 

A part la palme d'or, Alain Resnais avait eu tous les honneurs, et influencé des dizaines, des centaines de cinéastes. Dans Je t'aime, je t'aime, en 1968, il imagine l'histoire d'un homme au coeur brisé qui va se livrer à une expérience scientifique inédite : être propulsé dans son passé et revivre ainsi des tranches oubliées de son amour malheureux. Cette idée fera le succès d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, 35 ans plus tard.

 

 

En 1955, il réalisait un film de commande pour le Comité d'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, un documentaire d'une demi-heure à peine sur la déportation. Des images crues, marquantes à jamais, pour tenter d'empêcher le négationnisme. Alain Resnais montre posément l'horreur telle qu'elle a existé. Nuit et brouillard est devenu aujourd'hui un classique des cours d'histoire-géo, document indépassable pour évoquer le nazisme.

 

 

Mais on ne peut pas saluer Resnais sans parler de tout ceux qui l'ont côtoyé. Le cinéaste savait s'entourer. De Marguerite Duras, qui écrivit pour lui Hiroshima mon amour, à Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, qui signèrent On connaît la chanson, il y eut toujours des amis près de lui. Depuis vingt ans, il s'était créé une troupe : son épouse Sabine Azéma, mais aussi André Dussolier, Pierre Arditi, Michel Vuillermoz... On les retrouvait, fidèles, de film en film.

 

 

Le mois dernier, le jury du Festival de Berlin lui remettait le prix Alfred Bauer récompensant une "vision esthétique novatrice et singulière". A 91 ans, sa vision était encore novatrice. Aimer, boire et chanter, son dernier film, sortira en salles le 26 mars.

 


Photo de couverture : capture d'écran Cérémonie des César 1994/1998 © Canal+

Par Augustin Arrivé / le 02 mars 2014

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