Abercrombie & Fitch n'embauche pas les moches

/ le 26 juillet 2013
Abercrombie & Fitch n'aime pas les moches
La marque de vêtements américaine est dans le collimateur du défenseur des droits. Elle est suspectée de discrimination à l'embauche dans ses magasins. En clair, si vous n'êtes pas une gravure de mode, inutile de déposer votre CV.

 

On se souvient de cette belle brochette d'éphèbes, postés torses-nus et muscles saillants sur les Champs Elysées en mai 2011. L'enseigne américaine ouvrait son vaisseau amiral (deuxième boutique en France après Levallois-Perret), nous promettant "l'inauguration la plus spectaculaire de tous les temps." Promesse tenue, pour peu qu'on aime les biscottos.

 

Pas de bourrelets, pas de poils, cette glorification de la plastique est devenue la signature de la marque. Rien de choquant lorsqu'il s'agit de mannequins (quoi-que, mais c'est un autre débat) sauf que l'enseigne semble aussi caster aussi ses employés sur le physique.

Des pratiques interdites en France, en partie confirmées par ce message posté sur le forum de Carolinedaily.com :

 

C'est la page Facebook d'A&F qui a mis la puce à l'oreille du Défenseur des Droits Dominique Baudis. La marque indique qu'elle recherche des "mannequins H/F" pour "servir les clients." Difficile de dire si cette offre concerne les vendeurs ou uniquement les "models" qui se dandinent à longueur de journée dans les magasins. L'enquête française devra le déterminer.

Si les critères physiques sont effectivement au cœur du processus de recrutement, des poursuites pénales ne sont pas à exclure.

 

Dictature du cool.

Le concept marketing d'Abercrombie (173 millions de dollars de bénéfices en 2012) est détaillé par son PDG Mike Jeffries dans une interview accordée au magazine Salon en 2006.

Dans toutes les écoles, il y a les gamins cool et populaires et il y a les gamins pas-si-cool [...] Beaucoup de gens n'ont pas leur place [dans nos vêtements] et il ne l'auront jamais. Sommes-nous exclusifs ? Absolument.


 

Et pourtant Mike lui même n'a rien d'une gravure de mode. Le Botox montre parfois ses limites. 

Mike Jeffries ne veut pas de moches dans ses vêtements.

Dans le même entretien, le businessman indique qu'A&E n'embauche que des gens beaux "Parce que les gens beaux attirent d'autres gens beaux, et nous voulons nous adresser à des gens cool et beaux." Charmant

Et cela ne s'arrête pas là. Depuis mai 2013, la marque a retiré toutes les tailles XL et XXL de ses rayons femme. Si vous dépassez le 40, prière d'aller faire vos emplettes chez H&M. Élégant.

Contre offensive sur la toile.

Excédés par le racisme esthétique de l'enseigne, de nombreux internautes ont lancé la contre-offensive. A commencer par Fitch The Homeless, initiative du philosophe californien Greg Karber, qui a rapidement fait le tour du web.

 

 

De son côté, la blogueuse The Militant Baker a posté une série de clichés baptisée "Attractive and Fat". S'inspirant des visuels de la marque, elle expose ses formes généreuses dans des poses lascives.

 

Attractive and Fat © The Militant Baker 

Un joli-pied de-nez, accompagné d'une lettre ouverte au PDG d'Abercrombie :

Tout ce que vous avez fait à travers vos commentaires est de renforcer l'a priori selon lequel que les femmes fortes sont des échecs sociaux, sans valeur et non désirables.


 

Abercrombie & Fitch lave aussi plus blanc

A&E n'en est pas à ses premiers démélés judiciaires. En 2005 au Etats-Unis, l'entreprise avait déjà été lourdement sanctionnée pour discrimination raciale à l'embauche. Elle s'était acquitée de 50 millions de dollars pour mettre fin à une class action engagée par des candidats retoqués et des salariés noirs mis à l'écart de la clientèle.

 


 
 
Si avec tout ça vous avez quand même envie de craquer pour ce délicieux mini-short à 68 euros, sachez que j'ai exactement le même jeans, avec les mêmes trous, au fond de mon placard.
C'est du 16 ans, c'est du Kiabi. Deux coups de ciseaux pour virer les jambes et vos copines seront folles de jalousie.
 
 
 
 
 
 
 
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/ le 26 juillet 2013

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