A qui profite le selfie (de macaque) ?

Par Marie Moglia / le 07 août 2014
Bataille autour d'un selfie improbable
En 2011, un macaque s'est pris en photo après avoir subtilisé à un photographe son appareil photo. Problème: les clichés désopilants de ce singe déclenchent aujourd'hui une bataille autour de la propriété intellectuelle. Qui du primate ou du photographe détient les droits de ces images ?

C'est le quotidien britannique The Telegraph, qui a révélé cette affaire incongrue... En 2011 le photographe David Slater se rend en Indonésie où il suit un groupe de macaques pour un reportage animalier.

L'un d'eux s'empare de son appareil photo avec lequel il prend des centaines de clichés, certains de qualité, dont cet hilarant selfie. La photographie acquiert vite la notoriété et circule à tout-va sur le Net.

 

Depuis Wikimédia (la société qui gère Wikipédia) s'est approprié la photo qu'elle diffuse sous licence Wikipédia Commons, offrant la possibilité à n'importe qui de l'utiliser sans qu'aucun revenu ne soit reversé à David Slater.

Or le photographe se considère comme le propriétaire de cette photo. Depuis 2011, il battaille contre les éditeurs de l'encyclopédie en ligne afin qu'ils retirent l'image de leur base d'images libres de droit. Aujourd'hui, il menace de les poursuivre en justice.

Mais Wikipédia refuse prétextant que le quadrumane est l'auteur de cette photographie, donc qu'il en est le véritable propriétaire. Comme l'a expliqué David Slater au The Telegraph:

Si le singe a pris la photo, c'est lui qui détient les droits, pas moi. C'est leur principal argument. Ce qu'ils ne réalisent pas, c'est qu'un tribunal est nécessaire pour décider.


L'image fut un temps supprimée par Wikimédia, avant d'être remise en ligne:

Je leur ai expliqué [que la photo] n'appartient pas au domaine public, qu'ils n'avaient pas le droit de dire que c'est du domaine public. Un singe a appuyé sur le bouton, mais j'ai fait tous les réglages.



Des spécialistes du droit d'auteur et de la propriété artistique interrogés par Slate soulignent que David Slater ne peut pas être le propriétaire de ces images.

Comme ils l'expliquent à Slate, le droit d'auteur protège une forme d'expression qui doit être le reflet de la personnalité de son auteur - ici, le singe. Ce dernier n'a pas non plus été mis en scène par le photographe, mais a pris les clichés spontanément, de son propre fait, ce que racontait David Slater lui-même à l'époque.

Ajuster l'exposition ou recadrer l'image ne sont pas des arguments suffisants pour réclamer la propriété d'une photographie. Et puis c'est indéniable, ce singe a du talent. En tout cas il a été plus futé que le photographe.

 


 

(via The Telegraph & Slate)

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Par Marie Moglia / le 07 août 2014

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