92i story : Booba et son entourage, de Malekal Morte à 40000 Gang

Par Genono / le 19 octobre 2015
92i : de Malekal Morte à 40000 Gang, l'histoire de Booba et son entourage
L'entité 92i, dont la première trace officielle remonte à 1999, n'a jamais été réellement définie de manière officielle. Simple support aux featurings entre Lunatic et la Malekal Morte à ses débuts, le 92i -au sens large- a vu passer en ses rangs un nombre important de participants, de Nessbeal à Benash. Retour sur le parcours d'une formation qui a marqué l'histoire du rap français.

1999-2004 : « 92i s’impose, légui légui* »

Le premier titre officiel estampillé 92i est le morceau éponyme 92i, huitième piste du premier -et unique- album de Lunatic, Mauvais Oeil. Avec Booba/Ali d'un côté, et les trois membres de la Malekal Morte (Mala, Brams, Issaka) de l'autre, on ne peut pas encore vraiment parler de collectif. On vient alors de fêter le passage à l'an 2000, et même si les membres des deux groupes développent un univers similaire et des connections communes (notamment en freestyle), le 92i n'est encore qu'un crew embryonnaire. Le sixième membre, Sir Doums, apparait également sur cet album, avant l'arrivée de Nessbeal, deux ans plus tard. En 2002, quand Temps Mort, premier album solo de Booba, échoit dans les bacs, la totalité des membres du collectif apparaissent en featuring.

Un an plus tard, quand Lunatic périclite, Ali se retrouve seul à bord du navire 45 Scientific, le reste de l’équipée faisant le choix de suivre Booba. A partir de cet instant, le 92i aura toujours pour constante nodale de s’articuler autour de Booba. Membre fondateur du collectif, il est en quelque sorte le centre de gravité du crew, qui constitue, pour l’exprimer grossièrement, son proche-entourage musical. Au fil du temps, la composition de l'équipe est ainsi modelée en fonction de ses fréquentations et de ses desiderata, et sur chacun de ses disques, on retrouve la quasi-totalité des membres de l'équipe à l'instant donné.

 

De 2006 à 2011 : « Bienvenue chez 92i, réunion de scarla »

Sir Doums participe à Mauvais Oeil, Temps Mort et Panthéon, puis quitte officiellement le 92i en 2004. Il reste cependant proche de certains des membres du collectif, puisque sur son street-album L'Alien, paru en 2006, on retrouve Malekal Morte sur plusieurs titres. Idem pour Nessbeal deux ans plus tard : désireux d'avancer dans sa carrière solo après une série de featurings avec Booba, il préfère signer chez Nouvelle Donne en 2006. La même année, Issaka quitte le navire, marquant la fin d'un cycle : 92i devient une équipe très resserrée, avec pour seuls membres Booba, Mala et Brams, épaulés par DJ Medi Med.

 

A partir de là, on ne peut plus réellement parler de collectif au sens large, mais plutôt de garde rapprochée de Booba. Même si Mala parvient à sortir un - excellent - album solo en 2009, les carrières solo des membres de l'équipe passent au second plan. Avec l'arrivée de Djé en 2008, on parle pourtant d'un album commun entre les quatre membres du groupe. Quelques titres sont enregistrés dans ce but, mais le projet n'aboutit pas. Entre les mixtapes et les albums de Booba, l'entité 92i continue d'exister, avec à chaque fois des titres fort intéressants (Du biff, Izi Life, Si tu Savais). Le décès dramatique de Brams en 2011 marque la fin d'un autre cycle. Mala sera le seul membre du 92i à apparaitre aux côtés de Booba sur l'album Futur. Ce sera leur dernière collaboration, avant que Djé et Mala ne décident de s'émanciper, en fondant le label indépendant OG Gang. Booba, de son côté, transforme son label Tallac Records en 92i Records, et reforme un nouveau collectif autour de lui dans les mois qui suivent. Ses nouveaux petits protégés : Shay, Gato da Bato, Siboy, Benash et le 40000 Gang.

 

Le 92i en 2015

Shay :

Venue de Belgique, Shay est sortie de l'ombre par Booba en 2011, avec le morceau Cruella, extrait de la mixtape Autopsie Vol.4. A l’époque, les réactions sont mitigées, entre les fans de Booba plus habitués aux collaborations avec Mala, et le public français très frileux lorsqu'il s'agit d'adouber une rappeuse. Depuis Diams, aucune n'a réellement su se faire accepter par le grand public, et hormis Casey, il est difficile de trouver une rappeuse qui fasse l'unanimité auprès des connaisseurs. Parfaite inconnue avant Cruella, l'idée est alors de créer de toutes pièces une artiste, en insistant un minimum sur son image sexy. L'idée de vendre une French Nicky Minaj - raccourci facile, mais évident - est a priori une idée très pertinente. Seulement, malgré l'annonce en grandes pompes, sa signature chez Tallac Records n'arrive pas, et deux années passent sans que l'on comprenne si Cruella était juste un coup d'un soir, ou une relation destinée à durer. Finalement, la rappeuse réapparait en 2013 avec quelques titres de bien meilleure facture, annonçant par la même occasion la sortie prochaine d'une mixtape. On attend toujours, mais entre-temps, son statut a été clarifié : Shay est bel et bien membre du 92i.

 

Siboy :

Venu de ... Mulhouse (68i), le parcours pré-92i de Siboy est assez similaire à celui de Shay (sans le côté "French Nicky Minaj", évidemment) : très succinct et sans aucune discographie. Suivant un modèle ayant fonctionné pour Gradur ou Niska, le rappeur cagoulé se fait un nom sur internet grâce à une série de freestyles. Constamment énervé, excité, à la limite de l'hystérie, Siboy a su développer un univers riche et une image travaillée, en seulement quelques titres, et le tout sans montrer son visage. Une manière comme une autre de susciter la curiosité, à une époque où il est de devenu aussi essentiel que difficile de se démarquer. Fin 2014, la sauce prend, et les centaines de milliers de vues s'enchainent. Soucieux de ne pas passer à côté de la signature d'un nouveau Gradur, Booba lui met le grappin dessus en avril.  Comme pour Shay, une mixtape est annoncée, avec pas mal d'interrogations : si Siboy est très doué sur un freestyle ou un titre rentre-dedans, qu'en sera-t-il sur un long-format ?

 

Gato da Bato :

Venu d'Haïti, Gato da Bato divise énormément le public français ... pour la simple et bonne raison qu'il ne rappe pas en français. Hormis ce détail, Gato da Bato est peut-être le seul membre actuel de l'entourage de Booba à réellement exceller dans ses collaborations avec lui. Présent sur chaque CD de Booba depuis Autopsie Vol.4 en 2011, le rappeur haïtien est l'une des excellentes pioches de Booba ces dernières années. Chaque titre impliquant les deux rappeurs est excellent, de la prod au refrain, en passant par les clips. Booba semble d'ailleurs se sublimer -comme cela a longtemps été le cas avec Mala- lorsqu'il croise le fer avec lui, et envoie ses meilleurs couplets sur des titres comme Corner ou Roulé Fort. Gato da Bato amène des ambiances très ghetthoisées, à mi-chemin entre le hood haïtien et les fastes de Miami, créant une atmosphère très terre-à-terre et contrebalançant parfaitement le style plus superficiel de Booba.

 

Benash et le 40000 Gang :

Seul groupe issu du 92 à figurer dans la nouvelle partition du 92i, le 40000 Gang, ex-SDHS Family, divise également beaucoup le public français. Seul Benash semble réussir à se tailler une part du gâteau, notamment grâce au titre Validée, énormément défendu par Booba sur les réseaux sociaux … mais également en se forgeant une véritable légende urbaine suite à ses altercations avec DJ Skorp ou Sultan. Les 5 autres membres du groupe sont moins exposés, et malgré quelques titres intéressants (César, Paris m'a tué) la mixtape Anarchie, sortie en Juin 2015, n'a pas réellement trouvé son public. Le contexte est difficile : l'image de "petits protégés de Booba" ; le manque de visibilité des individualités, dans un groupe de six personnes ; et enfin, la concurrence de nombreux autres groupes de la nouvelle génération officiant sur le même type de terrain : PSO Thug, XV Barbare ...

 

 

Le turfu du 92i

Aujourd'hui, l'entité 92i est donc assez éloignée de l'image presque fraternelle de ses débuts, quand le collectif évoquait une bande d'amis issus de la même ville, et réunis en studio comme dans la rue. L'aspect chaleureux d'un crew pas forcément structuré a laissé place à la froideur d'un label très organisé. Le 92i actuel rappellerait presque le IV My People des années 2000, avec Booba dans le rôle de Kool Shen : un rappeur avec de la bouteille, ayant accumulé des années de succès, et choisissant de coacher une nouvelle génération aux crocs acérés. L'avenir du 92i dépend -comme depuis toujours- du bon-vouloir de Booba. Va-t-il simplement se mettre dans la peau d'un patron de label, et laisser la lumière à ses jeunes recrues ? Ou continuera-t-il à vouloir être au centre du projet, sur la scène comme en coulisses ? Les quinze dernières années ont prouvé à maintes reprises qu'il était difficile d'exister dans l'ombre de Booba. Ali, Nessbeal, Mala, Kaaris ... tous ont fini -de force ou de gré- par prendre la tangente pour continuer à exister.  Alors que les rumeurs -infondées- de séparation entre le 40K et Booba vont bon train, il semble tout de même raisonnable de se poser la question : une jeune pousse peut-elle éclore dans l'ombre d'une bête médiatique comme Booba ?

 

* « légui légui » : expression en wolof, signifiant « tout de suite »


 

Crédit photo : Capture YouTube

Booba sur Mouv'

Par Genono / le 19 octobre 2015

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