50 nuances de rêve américain

Par Sébastien Sabiron / le 21 octobre 2016
50 nuances de rêve américain
Que reste-t-il du rêve américain ? Dans un pays divisé, inégalitaire, le rêve d’une vie où tout est possible grâce au travail a du plomb dans l’aile. A Charlotte, dans un climat marqué par les violences policières, les afro-américains ne rêvent plus très loin.

Une maison, des enfants, une voiture et un chien. Les quatre piliers du rêve américain. Dans les années 50, c’est ainsi que le pays s’est bâti une image prospère, sur l’idée que chacun, à force de travail et de persévérance, pouvait accéder à ce bien-être.

Deuxième centre bancaire du pays après New York, Charlotte colle parfaitement à cette vision du rêve américain. Porte d’entrée vers le sud, la ville de Caroline du Nord a connu une croissance exponentielle ces vingt dernières années.

 

 

Dans son centre-ville clinquant, les gratte-ciels poussent comme des champignons. La ville est réputée pour accueillir des jeunes couples aisés fuyant l’agitation new-yorkaise pour fonder une famille dans un environnement plus sain.

Ces dernières semaines, Charlotte s’est réveillée de son rêve avec une sérieuse gueule de bois. Le 20 septembre, Keith Lamont Scott, un père de famille noir de 43 ans est abattu par un policier, noir également. Suivront plusieurs nuits de violences dans les rues de la ville, qui conduiront le gouverneur à décréter l’état d’urgence. Un manifestant noir de 26 ans y a perdu la vie.

 

Il n’y a pas de rêve américain

Michael faisait partie de ces manifestants. Ce jeune serveur de 24 ans se définit d’abord comme un “cyberactiviste”, militant à la fois pour les droits des noirs et pour ceux des personnes transgenres.

Lorsqu’il a vu la vidéo de la mort de Keith Scott, il a lâché son écran pour descendre dans la rue. Cela lui a valu quatre jours en prison. Aujourd’hui, avec une centaine d’autres, que les médias conservateurs qualifient “d’émeutiers”, il est convoqué au tribunal, pour deux chefs d’inculpation (qu’il dit ne pas pouvoir révéler).

Fragilisé, le jeune homme espère que les événements de Charlotte conduiront à une prise de conscience quant aux tensions raciales toujours vives dans son pays. En attendant, le rêve américain lui semble une vaste blague.

 


Course à la Maison Blanche - Rêve américain... by Mouv<

 

Se balader sans se faire tuer

Naphy assume de faire partie de cette majorité silencieuse qu'évoque Michael. Ce jeune homme de 21 ans n’a pas pris part aux manifestations. Pour autant, il se sent concerné par les événements au point de craindre un jour d’être abattu par la police, sur un malentendu. Pour lui, le rêve américain se résume à pouvoir marcher dans la rue sans risquer de prendre une balle perdue.

 


Course à la Maison Blanche - Rêve américain... by Mouv

 

Naphy résume un sentiment partagé par bon nombre d’afro-américains rencontrés tout au long de notre parcours. Croisé sur Beale street à Memphis, Quincy nous expliquait lui aussi pouvoir se sentir menacé par la police censée le protéger : “Ma grand mère n’avait pas le droit de marcher dans certaines rues. Aujourd’hui moi j’ai le droit, mais j’ai peur de me faire arrêter si je fais un pas de travers. J’ai l’impression que plus on utilise nos droits, plus ça dérange.”


Quincy dirige une entreprise de tabac à chiquer. A l’aise financièrement, il a pourtant revu son rêve américain à la baisse :

 


Course à la Maison Blanche - Rêve américain... by Mouv

 

La poursuite du bonheur

Rares sont ceux qui décrivent aujourd’hui le rêve américain tel qu’on le concevait dans les années 60. Mais certains en ont une vision plus simple et plus optimiste. C’est le cas de Don, croisé à l’”Epicentre” de Charlotte, un genre de centre commercial de la vie nocturne :

 


Course à la Maison Blanche - Rêve américain - Don by Mouv

 

Le bonheur, tout simplement, même sans argent, sans voiture et sans chien. Un rêve encore plus universel que celui de l’oncle Sam.

 


Reportage, vidéos et photos : © Sébastien Sabiron, Mouv'

> Retrouvez ici toute la Course à la Maison Blanche, 3.600 km de route et de reportages à travers les Etats-Unis.

Par Sébastien Sabiron / le 21 octobre 2016

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