5 stories : les rappeurs lâchés par leur maison de disques

Par Julien Bihan / le 16 juillet 2017
5 stories | Les rappeurs lâchés par leur maison de disques
Dans les années 2010, la formule se répète : un hit à succès, une signature à millions et un licenciement sur les réseaux sociaux. 5 « stories » de la nouvelle ère de l’industrie du rap.

Kreayshawn

Montant de l’escroquerie : 1 million de dollars

Juin 2011, Kreayshawn profite des 3 millions de vues en 15 jours de son Gucci Gucci pour se trouver de nouveaux collègues. À la machine à café chez Columbia, elle pourrait croiser Adele ou Beyoncé… Pas mal. Mais si Colt Steavers est l’homme qui tombe à pic, Kreayshawn est celle qui tombe dans les piques.

Le plan du label est simple, surfer sur la vague. D’abord en organisant la diffusion officielle du single une semaine plus tard ; puis en enchaînant sur un premier album fin 2011. Un timing quadrillé que la gamine d’Oakland ne respectera jamais. Breakfast, son deuxième titre, ne sort du four qu’une année après son hit. Mais quand Kreayshawn commercialise enfin son album Sorry ‘Bout Kreay, elle enregistre des chiffres records… Seulement 3 900 copies vendues la première semaine, le pire score pour une artiste signée en major. Un projet qui lui rapporte 1 centime, capture d’écran PayPal à l’appui.

Pendant ce silence musical, la rappeuse fait parler d’elle en multipliant les polémiques avec Rick Ross, les Red Hot Chili Peppers ou encore Nicki Minaj. Toute la fraîcheur associée à Gucci Gucci se transforme en gangrène des sites people.

Endettée financièrement et artistiquement, la vie de Kreayshawn change quand Natassia Gail Zolot donne la vie. Rapidement après la sortie du premier album, elle tombe enceinte : « J’étais genre : Merde, c’est la façon parfaite de sortir de tout ce drame et de simplement me concentrer sur moi-même. »

Des débuts anxieux :

Tu ne sais jamais ce qui peut arriver, je pourrais te contacter pour de l’argent genre :  Tu te rappelles de l’interview que nous avions faite quand j’ai signé en maison de disques ? Tu peux me trouver un travail ? 


 

 

 

Chief Keef 

Montant de l’escroquerie : 6 millions de dollars

Juin 2012, les mots prennent toujours plus ou moins de sens selon la personne qui les prononce. Quand il s’agit de Jimmy Iovine, fondateur d’Interscope derrière les carrières de Dr. Dre, Snoop Dogg, 50 Cent et Game, ils se transforment en opportunité pour un artiste de gangsta rap prometteur. Le premier semestre de 2012 appartient à Chief Keef dont l’incarnation de sa féroce trap se concrétise par I Don’t Like. Un titre propulsé dans sa version remix par Kanye West sur le projet du label GOOD Music.

Du coup, Chief Keef devient un très gros poisson et pour pêcher du très gros poisson, il faut un matériel de pointe. À 16 ans, l’accord financier entre Interscope et le Chicagoan doit être approuvé par l’administration de Cook County. Du coup, les moindres détails du contrat de l’artiste et de son label Glory Boyz Entertainment sont rendus publics : 440 000 $ d’avance personnelle et 440 000 $ pour GBE, 300 000 $ de coûts d’enregistrement pour son album, 200 000 $ de frais généraux pour GBE. Mais Interscope se protège par différentes clauses de sortie comme une vente minimum de 250 000 copies pour Finally Rich. Un chiffre qu’il n’atteindra pas.

Quand Chief Keef déménage à Los Angeles lors de l’été 2014, l’heure est grave et la stratégie est double… D’abord s’éloigner des problèmes intrinsèques à sa ville natale (entre fusillades et addiction au lean et à la marijuana) mais aussi se rapprocher de Santa Monica où sont établis les bureaux d’Interscope.

Depuis quelques temps, le label ne croit plus vraiment en lui Le départ de Jimmy Iovine pour Apple conjugué aux complications économiques et judiciaires découragent les cadres de la boîte d’augmenter la mise. Le 21 août 2014, le rappeur tweete une conversation iMessage où il écrit : « J’ai été lâché par Interscope, il y a une semaine maintenant. » Fin.

Des débuts confiants :

Ils me parlaient comme je parle « and I liked that ».


 

 


Trinidad James  

Montant de l’escroquerie : 2 millions de dollars

Décembre 2012, Trinidad James, ses dents dorées et son débardeur léopard sont au Santos Party House à New York. Tout le monde veut voir l’artiste truculent qui se cache derrière All Gold Everything, surtout les labels du coin. Def Jam en tête. Une dizaine de jours plus tard l’affaire est bouclée. La maison de disques propose un deal d’un double million de dollars avec le rappeur et sa structure Gold Gang Records.

Le temps passe et son « debut album » se fait désirer.  Un an et demi après sa signature, l’artiste attrape son Twitter et écrit : « Je devais vous l’annoncer à tous. J’ai été lâché par le label. Mon album est libre maintenant. Si vous entendez votre production ou votre couplet dessus, j’espère que vous êtes d’accord car je n’ai pas d’argent ». L’artiste semble détaché, poursuit sa carrière sereinement sans amertume : « J’ai le sentiment que nous avions des visions créatives différentes, personnellement je sais que je suis une personne qui a besoin de faire les choses à ma manière. »

Depuis, Trinidad James additionne les mixtapes mais surtout le chanceux a même gagné au loto. « Don’t believe me, just watch »  prend la forme du ticket gagnant. Cette phrase du refrain d’All Gold Everything se retrouve également dans celui d’Uptown Funk de Bruno Mars… Du coup, il devient auteur à 8% du texte aux 2,5 milliards de vues YouTube. Une petite rente.

Des débuts croyants :

Merci de croire en moi Def Jam. 


 

 


Bobby Shmurda 

Montant de l’escroquerie : + d’1 million de dollars

Juillet 2014, la salle de réunion principale des bureaux d’Epic Records est pleine à craquer. Les cadres du label célèbrent leur nouvelle signature : Bobby Shmurda. À peine 20 ans, le rappeur grimpe sur la table, danse, interprète sa musique devant tous ces gros bonnets menés par leur patron L.A. Reid. Eux, se félicitent de mettre la main sur le phénomène derrière Hot Nigga ; lui, profite de ses premières secondes de sa vie de millionnaire.

Pour VLAD TV, Jenny Boom Boom se fait curieuse. Le montant du nouveau contrat de l’enfant de Brooklyn l’intrigue. Il lui répond fermement, catégoriquement, mais son sourire reste espiègle : « Les entrepreneurs ne parlent pas de leurs poches. » Une posture qu’il infléchit quelques instants plus tard en précisant que l’accord avec Epic Records « était au-dessus d’un million ».

Un succès moins inattendu que les sirènes de la NYPD venues le cueillir devant le Quad Recording Studios, l’endroit où Tupac s’est fait tirer dessus vingt ans plus tôt. Les inculpations sont sérieuses : possession d’arme à feu et participation à un réseau de malfaiteurs… La fameuse bande GS9 qu’il cite dans ses morceaux serait en fait une abréviation de G Stone Crips, un gang déterminité d’East Flatbush. Le procureur Nigel Farina est limpide : « Il ne fait aucun doute qu’Ackquille Pollard joue un rôle moteur du GS9 Gang ». Finalement, Bobby Shmurda écopera de 7 années de prison en négociation de peine.

Pendant ses démêlés judiciaires, le rappeur espère au moins une visite au Manhattan Detention Complex de ceux qui le fêtaient quelques mois auparavant. Aucune… Même pas celle Sha Money XL qui tweetait : « Le deal est bouclé. Personne ne crée mieux des outsiders que moi. Brooklyn c’est pour vous ! » Même 50 Cent incite vainement le label à régler les 2 millions de dollars de caution. Pour Bobby Shmurda, c’est dorénavant clair : « Je vais tout faire pour rompre le deal. Sinon, je leur donnerai ma musique et je rebondirai. »

Des débuts légendaires :

Tu vois ce que Jay-Z était à Def Jam ? Je vais essayer de faire la même chose avec Epic ! 


 

 

 

Lil Poopy 

Montant de l’escroquerie : Évitée

Août 2015, le quotidien de la ville de Brockton dans le Massachussetts publie sur son site une information étonnante : Lil Poopy aurait signé un deal de 4 ans avec Epic Records. Vous ne connaissez pas Lil Poopy ? Tant mieux pour vous. À 13 ans, le gamin s’est fait remarquer par une téléréalité « The Rap Game » et par des clips où on le voit rapper à côté de femmes qui font le triple de sa taille. L’information vient de Devon Sidney son manager.
Quelques jours plus tard, les figures les plus importantes du label en question sont de sortie. Quand Laura Swanson (responsable du développement stratégique) s’empare de la presse, L.A. Reid (patron) se saisit de Twitter pour démentir ensemble l’information. Ce dernier est catégorique : « Mon nom est NON, ma signature est NON, ma réponse est NON… Tu n’as pas signé ici bébé ! #NOTEPIC ». Peut-être que quand Devon Sidney expliquait qu’il l’amenait « au niveau supérieur », il voulait juste dire en troisième…

Faux départ :

Tous ces vieux amis qui m’ont toujours sous-estimé. Ils m’aiment maintenant… Je veux juste qu’ils sachent que j’arrive au top. Ils ont intérêt à être prêts.


 

 

 


Crédit photo : Tim Mosenfelder / Getty Images

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Par Julien Bihan / le 16 juillet 2017

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