2016, la belle année du rap de L.A. #CaliforniaLove

Par Yérim Sar / le 20 octobre 2016
2016, la belle année du rap de L.A. #CaliforniaLove
De l'avis de tous les auditeurs avertis, l'année 2016 a été un excellent cru pour la west coast en général et Los Angeles en particulier. Suivez le guide.

Si la toute puissance du South n'est pas prête de perdre son aura, on aurait tort de penser que tout le reste des Etats-Unis est systématiquement en retrait. Ainsi, la scène de Los Angeles a été on ne peut plus active ces derniers temps, et ça fait franchement plaisir pour peu que l'on aime les bandanas et les dickies.

 

Nipsey Hussle, le marathonien

 

Dans la musique en général et le rap en particulier, il est parfois compliqué d'allier qualité et quantité. Ce n'est plus le cas pour Nipsey depuis quelques temps. Pour faire attendre ses fans avant la sortie de son album Victory Lap, le rappeur a décidé d'offrir chaque lundi un morceau inédit et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'agit de tout sauf de vulgaires fonds de tiroir. Entre les prods soignées et les featurings cinq étoiles (Freeway, Rick Ross, Young Thug...), les auditeurs sont servis. Les marathon mondays durent maintenant depuis plus de cinq mois sur son Soundcloud et le niveau est toujours là. Détail intéressant : le beatmaker français Madizm a récupéré les acapellas de Nipsey pour en faire une mixtape de remixes d'excellente facture. Cocorico.

 

La galaxie YG, du ratchet au crossover

 

YG

En quelques années et deux albums, YG s'est imposé comme un incontournable. Lorsqu'il a débarqué sur les beats très modernes de DJ Mustard, certains ont carrément comparé leur alchimie à celle de Dr Dre et Snoop période doggystyle, ce qui était un peu exagéré mais qui fait toujours plaisir. A l'aise sur les bangers gangsta qui ont fait sa réputation comme sur les tubes grand public (on le retrouve plusieurs fois aux côtés de Drake mais aussi sur un single de Fergie), le membre des Bloods a apporté à sa façon une nouvelle évolution dans le rap de L.A.

 

DJ Mustard

 

Lorsque l'on a compris que Mustard travaillerait un peu voire beaucoup moins avec YG, beaucoup se sont inquiétés d'une potentielle perte de niveau pour le rappeur niveau instru. Curieusement, c'est plutôt le schéma inverse qui a eu lieu. Depuis leur « séparation » (guillemets de rigueur car ils continuent de bosser ensemble par moments), le DJ et producteur semble un peu stagner, sa dernière tape comporte de très bons moments et des hits en puissance mais la recette est la même qu'auparavant, ce qui peut lasser certains. Et évidemment les meilleurs morceaux sont ceux avec YG. Cependant, même si la période d'explosion de Mustard où son style était pratiquement copié et repris à toutes les sauces (sauce, moutarde, c'est thématique) semble loin, on aurait tort de se faire du souci pour le bonhomme qui saura toujours rebondir, et pas seulement à cause de son embonpoint.

 

RJ et Slim 400

 

Les deux loustics repérés sur leurs différents featurings avec YG et collaborations avec Mustard commencent à s'activer de plus en plus, à coups de mixtapes pour l'instant. Cette année RJ a sorti le troisième volet de sa série O.M.M.I.O. et Slim 400 s'est fait plaisir cet été avec All Blassik. Dans les deux cas on sent bien sûr le côté très influencé par l'univers de YG, mais ce n'est pas spécialement un reproche.

 

Bishop Lamont, le revenant

 

Signé jusqu'en 2010 chez Aftermath, Bishop Lamont a fait partie des dégâts collatéraux du label. Malgré un potentiel qui a convaincu tout le monde à l'époque (on peut reprocher beaucoup de choses à Dre dans la gestion de sa boîte, mais pas de recruter des bras cassés), le rappeur a été mis au placard et son album tant attendu n'est jamais sorti... Jusqu'à cette année. Contre toute attente, Bishop est revenu dans la lumière et ses fans ou plutôt ce qu'il en reste ont pu enfin savourer son LP The Reformation. Cela reste un gâchis car il aurait évidemment eu bien plus d'écho en sortant plus tôt, mais bon.

 

Snoop Dogg, le vétéran

 

A 45 ans (ça ne nous rajeunit pas), Snoop continue d'être actif, comme l'a prouvé son album Cool Aid sorti en juillet. Si le retour aux sources annoncé n'était pas forcément au rendez-vous sur l'ensemble des morceaux, difficile de nier la longévité insolente du monsieur qui livre vingt morceaux comme s'il avait la même faim qu'à ses débuts ; certains ont d'ailleurs trouvé l'album trop long. Malgré son actualité extra-musicale (il a même désormais une émission de cuisine avec... Martha Stewart, ça ne s'invente pas), la musique restera toujours sa première passion et il continue d'être présent en featuring ; dans la grande famille west coast, il est définitivement le papy cool aimé de tous, même si certains choix ont pu dérouter. Comme le disait le rappeur français Juicy P, grand spécialiste de sons west s'il en est : « Snoop il peut arrêter de rapper et se mettre à faire du reggae, on écoutera pas forcément mais on respectera, parce que c'est Snoop, il n'a rien à prouver depuis longtemps, c'est comme si Rim'K se mettait à faire du raï, c'est pas grave, il a déjà sa carrière ».

Notons également qu'il continue d'officier en tant que producteur au sein de son label Doggystyle Records, qui nous a offert cette année le sympathique Only Way Out de Jooba Loc. Last but not least, il faut attendre de voir si ça se concrétise, mais le projet de tournée internationale avec Dre fait clairement saliver. D'autant que le bon docteur a encore des inédits qui sortent au compte-gouttes, comme Back to business en début 2016.

 

Game, des hauts et des bas

 

On ne présente plus l'individu le plus bipolaire du rap US, mais pour lui aussi l'année a été chargée. Outre le traditionnel buffet à volonté de featurings, on a eu droit à la B.O du documentaire Streets of Compton, classique mais efficace tant le rappeur est dans son élément. Plus récemment son album 1992 a un peu divisé. D'une part, la formule remplit sa mission et on bouge la tête tout au long de l'écoute, d'autre part cela fait maintenant plusieurs fois que Game ne quitte pas sa zone de confort à savoir la nostalgie de bon élève, ce qui implique des samples connus de tous, des clins d’œil et références à gogo, au point de devenir parfois lourd. L'autre point noir ce sont les beefs à répétition ; si les débuts de son histoire avec Meek Mill étaient plutôt divertissants, de plus en plus de fans semblent un peu blasés par le côté opportuniste de la chose. L'artiste avait d'ailleurs donné une interview surréaliste où il commençait par déplorer les bavures policières sur les Noirs Américains avant de réaliser en direct que du coup, son acharnement sur Meek n'était peut-être pas la chose la plus intelligente qu'il soit, avant de se reprendre et d'estimer qu'il n'avait pas le choix. Get your shit together comme on dit là-bas.

 

G Perico, la résurrection des Jheri Curl

 

Parce qu'un héros devait se dresser face aux crânes rasés, aux dreads et aux tresses collées, le ciel nous a fait don de G Perico. Portant haut les couleurs des Crips dans ses visuels, il est clairement LA nouvelle tête à suivre, salué par la critique et se pairs comme un surdoué et, on l'espère, future star en devenir. Sa tape Shit don't stop devrait convaincre les plus sceptiques. Si YG est le power ranger rouge, G Perico sera le bleu. Chantons tous son avènement.

 

Les anciens qui ne lâchent rien

 

Le vieux de la vieille Cold187um a quant à lui a fait son retour avec l'album The Blackgodfather, où il a ramené des vieux copains qui font plaisir : Too Short, E40, Xzibit, Ice Cube, Ice-T, Kurupt, Snoop, Kokane... En parlant de Kokane, même chose de son côté puisqu'il a adopté la même démarche avec son album King of G Funk, où il prouve qu'il n'a rien perdu de son niveau. Le tout en compagnie là encore des valeurs sûres de L.A en featuring tout au long du disque.

 

Enfin, pour les amoureux du funk et autres indécrottables accros de ces sonorités, le talentueux XL Middleton a récidivé avec le projet XL Middleton + Eddy Funkster, et c'est sans surprise toujours très agréable.

 

Les petits mais costauds

 

Moins présent à l'international que les têtes d'affiche, mais on aurait tort de les négliger ! IAMSU! a poursuivi son bonhomme de chemin avec le LP Kilt 3, toujours une fusion parfois imparfaite mais souvent réussie entre les tendances plus modernes issues du Sud et une base résolument made in Californie. Outre ses featurings A.D a livré une tape solide intitulée By The Way en binôme avec Sorry Jaynari et Polyester The Saint nous a agréablement surpris avec l'album American Muscle en se renouvelant, ajoutant un côté planant à son univers tout en conservant l'énergie que l'on aime chez lui.

 

Moins connu du grand public, Compton Menace s'est appliqué avec la mixtape The way it is à renouer avec l'essence des classiques de L.A sans que les prods sonnent trop old school ; et il ne faudrait pas faire l'impasse sur Dom Kennedy ou Dubb même s'ils sont un peu plus discrets ces temps-ci.

 

Anderson .Paak et Ty Dolla $ign, la douceur

 

Le son de L.A était aussi (et sera toujours) marqué par l'aura de Nate Dogg et ses refrains cultes.

Sans dresser des liens de parentés hasardeux car les codes et la façon de chanter n'ont rien à voir, on doit quand même mentionner ceux qui poussent la chansonnette aujourd'hui comme Anderson.Paak qui avec Malibu a prouvé que Dre avait eu le nez creux en lui confiant plusieurs refrains sur la B.O de Straight Outta Compton, sans oublier le phénomène Ty Dolla $ign et son Campaign qui a tenu haut la main sa promesse de bande son de l'été 2016.

 

Kendrick Lamar et TDE, les choses sérieuses

 

Difficile de finir sans évoquer l'écurie du prodige Kendrick qui a réussi l'exploit de mettre tout le monde d'accord, de L.A à New York en passant par le Sud et même l'international. Le tout en combinant des textes lucides voire très engagés à un amour du MCing qui a renvoyé dans les cordes ceux qui s'imaginaient que L.A ne rimait qu'avec rap festif ou gangsta bas de plafond. Lamar n'est pas seul, et même si encore aujourd'hui on peut avoir l'impression de loin qu'il est le seul digne d'intérêt (pas très gentil pour Ab Soul ou encore Schoolboy Q mais bon), le reste des signatures TDE constitue une équipe aux styles variés tout en développant une couleur finalement assez cohérente. Un projet commun serait le bienvenu, mais les emplois du temps de chacun ne leur permette pas forcément.

 

 



Crédit photo : Noel Vasquez / Getty Images

 

Par Yérim Sar / le 20 octobre 2016

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