2016 : l’âge d’or du rap Belge

Par Genono / le 11 avril 2016
2016 : l’âge d’or du rap Belge
Depuis quelques années, les footballeurs belges sont devenus les plus prisées du Vieux continent. Et les rappeurs wallons -de Damso à Shay en passant par l'inévitable Hamza ou La Smala- ont désormais tout pour leur emboîter le pas... Explications.

Horum omnium fortissimi sunt Belgae, disait César. En bon gaulois : "De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves". Un constat difficilement partagé par l'opinion publique française, qui a longtemps vu les belges comme de simples cousins éloignés, pas forcément très doués dans les seuls domaines qui comptent : gastronomie, football et musique. On se souvient d'ailleurs du mépris sympathique affiché par Jacques Brel, reprenant la maxime de Jules César : "De tous les peuples de la Gaule, ce sont les Belges qui portent le mieux les valises". Et puis, le XXIème siècle est arrivé, bouleversant toutes les certitudes et plaçant la Belgique sur un échiquier bien plus large que celui de la restauration spécialisée en moule-frites. L'équipe nationale première au classement FIFA et Stromae en superstar internationale ne sont que de simples signes de l'explosion de vitalité du Royaume.

Évidemment -puisque c'est le sujet de l'article- le petit monde du rap n'est pas en reste. En 2016, si vous suivez de suffisamment près l'actualité musicale, vous avez forcément entendu parler de Damso, Hamza ou Shay. Fers de lance d'une nouvelle jeunesse bruxelloise noyée sous les tendances venues d'Atlanta et Chicago, ce trio n'est que la partie visible d'un iceberg qui s'étend des bas-fonds de Bruxelles à la frontière allemande. Une véritable armée souterraine qui pousse pour se faire une place au soleil, explorant les tunnels creusés par le réseau internet : "en Belgique, on n’a jamais vraiment eu de marché musical, et à plus forte raison dans le rap. Internet, ça a tout changé", déclarait à ce propos Hamza il y a quelques mois (interview Noisey, septembre 2015).

On ne peut pas vraiment lui donner tort, tant le rap belge a longtemps été, pour les français, cantonné au seul succès commercial de Benny B au début des années 90 -des millions de disques vendus !- puis à l’éphémère percée de James Deano et de son malheureux tube radiophonique Les blancs ne savent pas danser. Pourtant, depuis une quinzaine d'années, toute une frange de rappeurs a tenté de franchir les frontières. De Puta Madre, un crew bruxellois, puis Starflam, groupe liégeois qui a notamment vu passer dans ses rangs Monsieur R, ont cartonné pendant une décennie en Wallonie, sans jamais se faire un nom dans nos contrées.

 

 

Scylla est probablement le seul à avoir su faire parler de lui en France, et à se forger une réputation suffisamment solide auprès du public et de ses pairs, notamment en collaborant régulièrement avec des artistes français (Furax, Brav, Tunisiano ...). Toujours actif, il fait aujourd'hui partie des vétérans de la scène belge, et tout bon admirateur du rappeur finira par considérer que Scylla n'a pas eu la carrière qu'il méritait -à supposer que le mérite soit une notion applicable au monde de la musique. Avant la période récente, peu d'autres rappeurs belges ont trouvé la force de traverser la frontière ... et les seuls à avoir fait parler d'eux l'ont fait pour de mauvaises raisons. Le Négatif Clan en est une bonne illustration : ce crew bruxellois mériterait qu'on s'attarde plus sur sa musique que sur ses démêlés judiciaires, mais ne fait rien pour arranger sa réputation.

Dans un genre complètement différent, vous avez peut-être ainsi déjà entendu parler de Sopranal, parodie de rappeur consanguin et fils illégitime de Fatal Bazooka et Yolande des Deschiens, qui a (forcément) trouvé chez nous un écho plus comique qu'artistique. Dans ce contexte, voir surgir une génération de rappeurs talentueux et déterminés à se faire entendre au delà du triangle Mons-Charleroi-Waterloo tient du miracle. La vitalité retrouvée du rap belge est une conséquence directe de l'explosion des nouveaux modes de diffusion de la musique : à partir du moment où l'artiste est francophone, il n'existe plus aucune frontière entre lui et l'auditeur parisien, marseillais ou bénédictin. Quelques clips sur Youtube, une mixtape gratuite sur Haute-Culture, et un relais par le sites spécialisés : le circuit est raccourci au maximum, aucun intermédiaire ne vient empêcher le premier rappeur venu de proposer sa musique à un public distant d'un bon millier de kilomètres. La liste des rappeurs belges dignes d'intérêt est longue comme l'Escaut. Présentation des principaux prétendants au trône de Roi du Rap Belge.

 

Damso

Il y a quelque chose de malheureux avec Damso : on ne peut plus parler de lui sans le présenter comme "le poulain de Booba" -avec des variations : le protégé, le petit, le chouchou. Il est vrai que depuis que le Duc lui a tendu la main (featuring, mise en avant sur OKLM), la visibilité du garçon a décuplée, et la mauvaise étiquette de pistonné -dont il va falloir s'émanciper au cours des prochaines années- est le revers de la médaille d'un MC plus doué que la moyenne. Membre du groupe OPG, qui a connu un certain succès à Bruxelles et alentours avec la mixtape MMMXIII au cours de l'année 2014, Damso a tous les éléments en main pour aller très loin : une capacité à se démarquer (Comment faire un tube), une lucidité importante et bienvenue (Le talent ne suffit pas), et une détermination gattusesque (Débrouillard). S'il réussit à concrétiser le buzz montant avec un projet de qualité, il pourrait bien devenir l'une des prochaines stars du rap de France et de Navarre.

 

 

La Smala

Comme les trois quarts des rappeurs belges qui font parler d'eux, les membres de La Smala viennent tous de Bruxelles, et sont la meilleure preuve que la scène locale ne s'est pas contentée de se mettre à la trap pour s'internationaliser. La Smala, c'est l'équivalent belge de nos TSR Crew, Lacraps, ou -insérez le nom de n'importe quel artiste estampillé "vrai hip-hop des années 90- : boom-bap, piano-violons, couplets de cent-cinquante mesures, quinze assonances par phrase ... bon, vous connaissez la recette, parfaitement résumée dans le titre Reflets d'esprits : "t'as qu'à écouter du ricain si tu n'aimes pas les textes". Engouffrés dans un style de rap qui, malgré les apparences, fonctionne toujours très bien, La Smala a su réunir une fan-base fidèle et touche des centaines de milliers d'auditeurs, de la Rue Neuve aux Champs-Élysées.

 

Hamza

Résumer Hamza est très simple : un chewing-gum. Une musique pas forcément très élaborée ni consistante, mais terriblement sucrée, et avec une capacité incroyable à rester collée au cerveau de l'auditeur. Adoubé par la presse branchée (Inrocks, Yard) ou spécialisée (Abcdrduson, Noisey), le Bruxellois d'origine marocaine a le vent en poupe. Jouissant d'une cote de popularité étonnamment plus française que belge, sa mixtape gratuite H24 a été écoutée ou téléchargée plus de cinquante mille fois, et la prochaine étape devrait lui permettre de franchir le pas et de passer du statut d'étoile montante du web à celui de star de la chanson française.

 

Shay

Après Damso, Shay est la deuxième belge de la liste à avoir été prise sous l'aile de Booba. Seule rappeuse francophone à disposer d'un potentiel commercial suffisamment fort, elle se laisse pourtant désirer auprès de son public, qui attend un premier projet depuis bientôt cinq ans. Auteure d'une petite demi-douzaine de titres sur cette période, la Bruxelloise prend son temps, plaçant un à un ses pions en attendant le bon moment pour lancer l'offensive. Attention tout de même à ne pas complètement passer à côté du train du succès, car après tant d'attente, sa fan-base est logiquement en droit de s'attendre à un premier disque qui sorte du lot.

 

 

Jones Cruipy

Bon, déjà le mec a un blaze super classieux. Ça ne construit pas une carrière, mais c'est un bon début.  Jones Cruipy, c'est l'équivalent rapologique du personnage de Boo dans Dragon Ball : une sorte d'éponge superpuissante, capable d'absorber les pouvoirs de ses rappeurs préférés tout en conservant sa couleur musicale. Fusion improbable entre Chief Keef, Future, Meek Mill et Kendrick Lamar, JC (pour les intimes) bouffe des influences à longueur d'année, les digère et les recrache après les avoir passé au filtre de la vie d'un jeune d'Ixelles, la banlieue bruxelloise. Actif depuis 2005, sa carrière a pris un nouveau tournant depuis la sortie de la mixtape Héritage l'an dernier. Porté par le vent qui souffle sur toute cette nouvelle génération, Jones Cruipy s'inscrit dans la tendance récente des Niska, Gradur ou Ixzo : des jeunes bercés à la trap dès la couveuse, capables de s'ouvrir et de faire dans le rap dur comme dans le tubesque porteur. Sa prochaine mixtape, Rêve européen, devrait lui permettre d'assoir ses ambitions, et de confirmer sa valeur montante. 2016 après JC, l'année de JC ?

 

New School

De la même manière que Damso avec Booba, on ne peut plus présenter le groupe New School sans utiliser l'expression "validé par Soprano". Le quintette de rappeurs bruxelloise est souvent comparée à la Sexion d'Assaut des débuts : même capacité à jongler entre ambiances street et envolées plus rythmées, même énergie collective, et mêmes individualités qui se dégagent. "Ce n'est que le début du commencement de l'introduction de l'avènement du déclenchement", annonce le groupe ... gageons que cette amorce déjà très prometteuse aboutisse sur un succès similaire à celui de Soprano ou de la Sexion d'Assaut.

 

 

Auraient également pu être cités :

Nixon, Neshga, Tyron, Dolfa (OPG), B-Lel ou encore Les Alchimistes.

 

 


 

Photo : Capture YouTube

Par Genono / le 11 avril 2016

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