10 projets rap français qui vous ont peut-être échappé en 2016

Par Genono / le 19 décembre 2016
10 projets rap français qui vous ont peut-être échappé en 2016
En fin d'année vient le temps de bilans... et des rattrapages. On vous aide avec une sélection impeccable des beaux projets rap indés passés sous les radars.

Après le feu d’artifice de l’incroyable année 2015, le rap français semblait avoir repris un rythme normal en 2016 : sorties éparses, uniformité des styles, et albums de qualité douteuse. Hormis quelques révélations (Kekra, Damso), ovnis (Majster, Ténébreuse Musique) et valeurs sûres (PNL, Niro, Alkpote), le catalogue annuel se dirigeait tout doucement vers un bilan général « sympa mais pas fou ». La fin d’année a tout de même fini par réveiller les appétits, et quasiment toutes les têtes d’affiche auront fini par sortir un projet –voire plusieurs- en 2016. Zikuforo, Cyborg, Okou Gnakouri, Jolie Garce, L’Ovni … tous ces disques, vous les connaissez déjà. Nul besoin d’en rajouter une couche. En revanche, vous êtes probablement passés à côté de bons nombres d’autres projets beaucoup moins populaires –mais pas forcément moins bons.

 

LK de L’Hotel Moscou – San Francisco / Hotel Moscou – L’Opium du Peuple

Dans le rap, on se pose moins de questions qu’ailleurs. Alors que notre rapport à la télévision, à la politique, aux réseaux sociaux et à notre image, posent sans cesse le problème de la frontière du voyeurisme, on ne demande jamais à aucun rappeur de poser des barrières introspectives dans ses textes. En fait, les limites que l’on pose à l’introspection ne dépendent que de la sensibilité et du besoin d’expression de l’auteur. S’il a besoin de se raconter jusqu’au plus profond de ses entrailles, qu’il le fasse. S’il préfère se masquer derrière un personnage complètement superficiel, qu’il le fasse aussi. Laurent Kia, rappeur et beatmaker de l’Hotel Moscou, fait clairement partie de la première catégorie. C’en est même parfois troublant. Et avec un album solo en début d’année, et un EP en groupe à l’automne, le garçon a visiblement énormément de choses à dire sur lui-même, et de démons à exorciser. Et pour couronner le tout, il prend le temps de se faire plaisir, en s’entourant de quelques featurings hallucinants comme Bones ou SpaceGhostPurrp.

 

Billy Joe – La Petite Maison de la Tuerie

La grande époque de Néochrome et son roaster réunissant -plus ou moins officiellement- sous une même bannière Alkpote, Seth Gueko, Sinik, Salif, Zekwe ou Nubi semble aujourd’hui loin derrière nous. La plupart des têtes d’affiches ont -là encore, plus ou moins officiellement- quitté le navire, et l’écurie fondée par Loko il y a vingt ans cherche un nouveau souffle. Parmi les nouveaux talents que le label cherche à mettre en avant, Billy Joe est probablement le plus intéressant, mais aussi le plus représentatif de l’esprit Néochrome : un personnage atypique, une vraie gueule, un univers très marqué, et une faculté à enchainer les multisyllabiques gores ou salaces. 100% redneck, 100% White Trash, 100% pur terroir franchouillard : sa personnalité dénote complètement avec l’imagerie classique du rappeur français lambda. Son EP La Petite Maison de la Tuerie est disponible depuis le 2 décembre, et constitue une belle carte de visite pour un artiste à suivre. On rêve déjà d’un album en commun avec 25G.

 

Barbu Gang – Barbu et …

Vous vous souvenez de la maman de Stifler ? Cette ancêtre de la figure de la milf actuelle a marqué les esprits de toute une génération sexuellement éduquée par la bande d’ados libidineux d’American Pie. Le Barbu Gang, trio toulousain aux influences à mi-chemin entre West-Coast et Dirty South, rend hommage à ce personnage incarné par Jennifer Coolidge avec un titre laidback et langoureux sobrement intitulé Barbu et la maman de Stifleur. Un excellent morceau extrait de l’album Barbu et... , disponible depuis le 13 octobre chez Cash Back Mafia, à classer parmi les meilleures sorties underground de l’année.

 

Rochdi – L’Exorciste Cénobite

Un album diffusé d’une manière tellement improbable -titre par titre au compte-gouttes, via Youtube- qu’on ne sait même plus vraiment s’il compte dans les sorties de 2015 ou de 2016. Quoi qu’il en soit ça ne vous fera pas de mal de vous replonger dans l’univers ésotérique et malaisant de Rochdi à travers les trois fois six pistes de L’Exorciste Cénobite, considéré par certains de ses auditeurs comme son meilleur projet solo. Des auditeurs qui ne sont d’ailleurs pas loin de considérer Rochdi comme le meilleur rappeur français -préparez de sacrés arguments si vous souhaitez les contredire.

 

La Prune – La Prune

Du Barbu Gang à La Prune, d’un trio undeground toulousain à un trio underground bordelais. Quelques similitudes involontaires entre les deux groupes : une certaine forme d’addiction à l’alcool, l’appartenance à une scène alternative, et l’excellente qualité du projet, en inadéquation totale avec une médiatisation inexistante. La Prune s’inscrit purement dans la veine d’un rap français chelou et en marge des grandes tendances, rappelant par instants Butter Bullets, Jorrdee, Les Sales Blancs voire même les Svinkels. Deux excellents rappeurs accompagnés de leur beatmaker, pour un projet débordant de maitrise et de liberté. Reste à trouver un meilleur blaze.

 

Jorrdee –Wavers EP

Il est toujours difficile de tracer une frontière entre le pur underground et le plus ou moins confidentiel, mais il est tout aussi difficile de considérer qu’à l’heure actuelle, Jorrdee est devenu un rappeur populaire. Son dernier projet en date, Wavers, est d’ailleurs l’exemple typique de ce qu’est la carrière du rappeur depuis ses débuts : étrange et inécoutable pour certains, génial et déroutant pour d’autres, mais surtout volontairement marginalisé, sans la moindre promotion ni la moindre volonté d’aller chercher un nouveau public.

 

Ichon – FDP

Sur le même principe que Jorrdee, il est difficile de déterminer si Ichon est encore véritablement un artiste confidentiel, ou si l’année 2016 lui a permis de franchir un cap en terme de notoriété et de médiatisation. A priori, il reste tout de même quelques marches à franchir, puisqu’on cite finalement très peu son EP FDP  parmi les projets les plus intéressants de l’année. Prometteur, atypique, et capable de se remettre en question quand les choses n’avancent pas de la bonne manière, Ichon pourrait être la révélation de l’année 2017. A suivre.

 

Laylow – Mercy

Prenez Jorrdee, filtrez le THC présents dans son sang, et couplez-le à l’énergie démentielle de Siboy : vous obtiendrez Laylow, un garçon qui patauge dans les marécages codéinés du rap français depuis quelques années, mais qui devrait, selon toute vraisemblance, finir par décoller. Après un parcours chaotique ayant tout de même abouti sur quelques excellents projets collaboratifs –notamment avec Sir’Klo, puis avec Wit-, Laylow a gagné en maturité artistique, et se présente aujourd’hui avec un style totalement affirmé et beaucoup moins expérimental.  Les 10 titres proposés sur le projet Mercy suffisent à dresser le portrait musical du rappeur. On pourrait d’ailleurs le résumer entièrement en une phrase : ça part dans tous les sens, mais c’est maitrisé. Laylow crie, puis Laylow plane ; Laylow surjoue des effets sur sa voix, et parfois il oublie même –probablement volontairement- de terminer ses mesures. On se demande parfois s’il écoute du cloud-rap ou du rock’n’roll, s’il est plutôt codéine ou ecstasy. Mercy est excellent.

 

 

Youno (Les Chimistes) – Méthylamine

En général, la principale difficulté d’un indépendant du rap français réside dans le fait de se structurer et de s’entourer de personnes compétentes. En ce sens, le collectif Les Chimistes est l’exemple parfait de ce que des individualités aux compétences très diverses peuvent apporter au groupe, à la condition que chacun aille dans le sens général. Rappeurs, beatmakers, graphistes, réalisateurs, managers, concepteurs de textiles : une équipe complète dédiée à sa propre réussite. Les rappeurs n’ont pas à s’occuper des clips, les réalisateurs n’ont pas à s’occuper de mode, bref, tout le monde est mis dans les meilleures conditions pour se concentrer sur son propre talent. Résultat, Les Chimistes ont permis au rappeur Youno de livrer un EP d’excellente facture juste avant l’été, Méthylamine.

 

Zekwe – Frapp Musiq

Continuer à mettre Zekwe dans des tops underground, année après année, c’est presque insultant. Pourtant, si on jette un œil aux principaux marqueurs de popularité en 2016 -ventes, vues Youtube, écoutes deezer-, Zekwe est, comme Joe Lucazz à une époque, en-dessous de l’underground. Frapp Musiq, première étape de sa carrière post-Néochrome, est pourtant l’un des meilleurs EP de l’année. Comme d’habitude, on peut regretter de ne pas le voir dans les playlists, de ne pas voir sa tête plus souvent, et accoler son nom à des termes comme « sous-côté », « potentiel tubesque », « public ingrat » ou encore « il mérite tellement plus ». Mais prenez quelques secondes. Inspirez, expirez, et posez-vous la question : avez-vous acheté Frapp Musiq ? Merci, et à l’année prochaine.

 

 


 

Crédit photo : Facebook Zekwé (DR)

Par Genono / le 19 décembre 2016

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