10 projets rap français qui vous ont peut-être échappé depuis le début de l’année

Par Genono / le 19 juin 2017
10 projets rap français qui vous ont peut-être échappé
On a visité ou revisité tous les étages du rap français pour vous.

Il existe aujourd’hui tellement de rappeurs et de groupes différents que suivre l’intégralité des sorties d’albums ou mixtapes est devenu une mission absolument impossible pour un être humain normalement constitué. En étant suffisamment consciencieux, on peut se contenter de n’écouter en temps et en heure que les projets des têtes d’affiches -celles qui squattent le haut des classements sur les plateformes de streaming, et dont on entend parler même lorsqu’on préférerait passer à côté. Evidemment, on passera à côté de bon nombres de sorties moins médiatisées, ce qui serait particulièrement dommage, car c’est souvent dans les bas-fonds que se trouvent les rappeurs les plus créatifs, les plus originaux et les intéressants.

Moins soumis à l’exigence de résultats que les stars de maisons de disques aux contrats mirobolants, les artistes de l’underground constituent une caste capable d’expérimenter, d’innover, d’explorer de nouveaux chemins, et donc de servir de laboratoire au rap mainstream. Bon, les trois quarts du temps, cette vision est fausse, et les rappeurs amateurs se contentent de reproduire -en moins bien- ce qu’ils ont déjà entendu sur les albums de PNL, de Booba ou de Jul. Mais en faisant le tri, on tombe assez facilement sur bon nombre de pépites, dont voici une petite sélection.

 

H3RY LÜCK - Force 2

H3RY LÜCK décrit lui-même son style comme une combinaison de trois grandes tendances : trap, pop urbaine, et rap. Aussi basique et convenue puisse paraître cette description, elle correspond malheureusement très bien à Force 2, deuxième volume d’une tétralogie en quatre fois quatre titres. Aussi doué pour le chant que pour le rap plus classique, LÜCK (qui s’obstine à écrire son nom en lettres capitales) impressionne autant sur de gros égotrips que sur des introspections torturées dans l’amour semble aussi beau à rêver que douloureux à vivre.

 

Ozkar Zulu - Orée artificielle

Ozkar Zulu est un belge à peine majeur, qui oublie parfois les réglages sur l’autotune quand il chante faux, qui enregistre dans des conditions assez déplorables et qui n’a probablement jamais croisé un ingénieur du son de sa vie -le mixage est franchement dégueulasse par moments. En dehors de toutes ces tares, il est aussi et surtout l’auteur de l’un des projets les plus improbables et les mieux produits de l’année : Orée artificielle. Douze titres à l’ambiance noire, à mi-chemin entre le cloud expérimental et l’indéfinissable, qui laissent entrevoir tout le potentiel des collaborations entre Ozkar Zulu -le rappeur- et Palinke -le collectif de producteurs.

 

Isha - La Vie Augmente Vol.1 

La scène rap du plat pays va vraiment très bien, et les records de streaming de Damso ne constituent que la partie émergée de l’iceberg belge, et la petite percée de Isha cette année en est une preuve supplémentaire. Techniquement, Isha est tout sauf un nouveau venu, puisqu’il rappe depuis 2008 sous le pseudonyme de Psmaker. Arrivé à l’aube de la trentaine, il a décidé de faire une mise à jour complète : La Vie Augmente Vol.1 est le premier projet de cette deuxième partie de carrière. Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : ce dix-titres est à classer parmi les meilleurs projets de l’année. Pour résumer Isha en étant très fainéant : le cynisme d’un Damso (“j'ai décidé de découvrir mon sexe en regardant mes sœurs par le trou d'la serrure”), les punchlines sexualisées d’un Kaaris (“le rap game a un plan pour moi et j'vais le défoncer par le cul”), et la plume d’un Eloquence (“sans repère il n'y a que la folie qui le guide, pardonnez-leur car ils glorifient le crime”).

 

 

BARABARA - En Ford Mustang ou la Morsure du Papillon

Résumer le personnage et le style de BARABARA (lui aussi écrit son nom en lettres majuscules) en moins de dix lignes est techniquement impossible, alors résumons du mieux possible : l’homme est un expatrié français, engagé dans l'humanitaire au Kenya, qui passe la moitié de son temps sur des projets au Sud-Soudan ou en Somalie, dans des paysages dévastés où les troupeaux des paysans locaux meurent de la sécheresse. L’artiste, lui, est un rappeur plus inspiré par Bashung que par PNL, dont le dernier EP, intitulé En Ford Mustang ou La Morsure du Papillon, se présente sous forme de road-trip homérique explorant d’une part les étendues désertiques de la corne Est de l’Afrique, et d’autres part les méandres de la nature humaine. Une oeuvre qui ne ressemble à aucune autre, et dont on ne ressort pas indemne.

 

 

Zedel Clan - Zedeloca

Il en faut pour tous les goûts, et on ne peut pas vous présenter que d’obscurs rappeurs expérimentaux ou hyper-introspectifs : le Zedel Clan est typiquement le genre de groupe qui aurait aussi bien sa place en playlist aux côtés de Jul et Ridsa qu’au milieu d’un mariage entre un titre de Patrick Sébastien et un tube de Maître Gims. En somme : leur musique est faite pour s’écouter au soleil, danser en chicha, et se transmettre d’auditeur en auditrice comme une MST. Preuve que l’underground est un véritable laboratoire du mainstream : le tube Histoire de (AM), présent sur le dernier album de Lacrim, n’est rien d’autre qu’une reprise de Qui je suis, du Zedel Clan :

 

 

Biffty - La Réincarnation du Turn-Up Vol.2, puis Souyegod

Dans le rap plus qu’ailleurs, une petite fan-base fidèle et déterminée vaut mieux qu’une masse énorme de suiveurs peu impliqués -qui constitue le public principal de ces fameux rappeurs qui cumulent des dizaines de millions de vues mais ne vendent pas le moindre album. Le cas de Biffty en est l’exemple le plus éloquent : produits dérivés, festival entièrement dédié à son art, clips léchés réalisés par son grand frère, jeu vidéo, et surtout, nouveaux projets offerts très régulièrement à un prix dérisoire, avec déjà deux EP ajoutés à sa discographie en 2017 : La Réincarnation du Turn-Up Vol.2 en janvier, puis Souyegod en juin.

 

 

Rochdi - Mélodies de la cave

Rappeur le plus hardcore et le plus sous-côté de France, le parisien Rochdi n’a pas livré de projet véritablement inédit cette année, mais a tout de même su contenter ses fans de la meilleure des manières : en finalisant l’album Mélodies de la Cave, écrit et enregistré au milieu des années 2000, qui n’avait encore jamais vu le jour. Retravaillé et arrangé pour l’occasion, dans le but de proposer un disque qui soit encore en phase avec son époque, cet obscur projet prouve que toutes les bases de l’univers actuel du rappeur étaient déjà bien en place il y a une douzaine d’années : références littéraires, historiques et artistiques de très haute volée ; omniprésence du mystique et du méphistophélique ; et grosse capacité à choquer à travers un nombre incalculable de phases à forte connotation sexuelle.

 

 

Les Alchimistes - #DansLaLoge

 Groupe bruxellois (encore des belges, le rap français se fait bouffer sur son propre terrain), les Alchimistes ont mis le paquet cette année en conviant un casting assez fabuleux sur leur dernière mixtape, #DansLaLoge : Alkpote, Laylow, Jok’Air, Biffty, Jorrdee et Retro X. On ne juge pas plus un disque à ses featurings qu’un livre à sa couverture, mais cet alignement de noms est tout de même un indicateur de l’ambition du duo. A mi-chemin entre trap nerveuse et attitude rock’n’ roll, Ruzkov et Rino risquent de beaucoup faire parler d’eux cette année, et cette fois, sans avoir besoin de renforts.

 

L.O.A.S - Tout me fait rire

Après la grande tendance des rappeurs à trois lettres (Sch, PNL, DTF, MHD), la mode est visiblement aux rappeurs en lettres majuscules. S’il n’est plus vraiment un inconnu pour qui s’intéresse un minimum au rap en France, L.O.A.S n’est jamais vraiment allé au delà de son statut de rappeur chelou pour auditeurs chelous. Une situation dont il semble plutôt bien s'accommoder, puisque son dernier projet, Tout me fait rire, explore toujours plus d’univers musicaux -cette fois-ci, dans une optique globale plutôt électro-pop. Et comme toujours avec le crew DFHDGB, les clips sont incroyables, soignés, et étranges.


San-Nom - Epectase

San-Nom a débarqué dans le petit monde du rap l’an dernier avec un EP intitulé Travail, censé représenter le premier volet d’un triptyque “Travail-Famille-Patrie”, un intitulé qui aurait pu paraître tendancieux si le rappeur n’avait pas pris la peine de préciser qu’il s’agit des “trois valeurs qu’il déteste le plus au monde”. En attendant les deux autres EP censés compléter la trilogie, San-Nom a livré cette année Epectase, un sept-titres surréaliste imbibé d’alcool et de folie, entre prods saturées (Ragoût) et ambiances champêtres (Mort au rap). Cul-Sec, le premier clip du gamin, annonce son prochain projet, Saint Augustin, un album prévu pour le 11 septembre prochain.

 

 

 


Crédit photo : Biffty / Facebook

 

 

Par Genono / le 19 juin 2017

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