10 bandes originales mythiques du rap français

Par Genono / le 06 novembre 2017
10 bandes originales mythiques du rap français
La collection ultime de bandes originales qui ont parfois fait oublier le film qu'elles illustraient

A moins d’un mois de la sortie du film Tueurs, Roméo Elvis a livré le premier extrait clippé de la bande originale du film, l’un des projets les plus attendus de cette fin d’année, qui réunit toutes les stars du rap bruxellois du moment (Roméo Elvis, donc, mais aussi Damso, Caballero & Jeanjass, Hamza, et bien d’autres).

 

Il est donc grand temps de rappeler que certains des titres les plus marquants de l’histoire du rap français sont issus des bandes-sons de films parfois excellents et intrinsèquement corrélés à la culture rap, et d’autre fois réellement mauvais, et sans le moindre rapport avec le hip-hop.

 

Taxi (quadrilogie) (1998 -2007)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Absolument pas.

Le casting : Aussi qualitatif que cohérent sur Taxi , avec une majorité absolue de rappeurs marseillais (IAM, FF, Chiens de Paille, 3ème Oeil) ; un brin plus opportuniste sur Taxi 2, avec plusieurs titres réalisés par une poignée d’artistes à la mode au moment de la sortie du film (Disiz la Peste, Nuttea, Faf Larage) ; ambitieux et audacieux sur l’épisode 3 (Booba & Nessbeal, Oxmo Puccino, 113, Diams, Rohff & Pharell Williams, etc) ; plus convenu sur l’épisode 4, sous forme de compil de noms importants du rap français à l’époque (Sniper, LIM, Mafia K1Fry, Kery James … et Black Eyed Peas).

Le titre à retenir : Booba et Nessbeal  C’qu’on connait / Les rues d’ma vie

 LE titre qui justifie à lui-seul l’existence de toute la saga Taxi. Un titre sombre, rue, qui n’a pas le moindre rapport avec le thème du film, et qui représente encore aujourd’hui l’un des grands classiques du rap français, et l’une des meilleures collaborations -pourtant nombreuses- entre Nessbeal et Booba.



Mesrine (L’instinct de mort / L’ennemi public N°1) (2008)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Techniquement, pas du tout, puisque l’époque durant laquelle se déroule le film -en gros, du début des années 60 à la fin des années 70- se déroule avant l’avènement de la culture hip-hop en France. Cependant, Mesrine est l’un des grands héros de nombreux rappeurs français, et a maintes fois été cité, au sein d’un nombre incalculable de morceaux, en particulier chez Seth Gueko, mais pas seulement. Autre lien avec le rap, la présence de Jean-François Richet en tant que réalisateur : déjà à l’oeuvre sur Ma 6T va crack-er, il a donc pour habitude de doter ses films de bandes originales rap abouties.

Le casting :  Des vieux (X-Men, Akhenaton, Rockin Squat), des jeunes (Seth Gueko), des mecs au sommet de leur gloire (Rohff, Oxmo Puccino), d’autres reconnus uniquement dans l’underground (Veust), des rappeurs issus de la scène consciente (Kery James, Mokless), d’autres plus axés sur des ambiances street ou de l’égotrip (Nessbeal, Rim’K) : le casting est aussi beau qu’éclectique.

Le titre à retenir : Mokless - Le temps d’une balle

Honnêtement, la tracklist est tellement qualitative qu’il est impossible de ne retenir qu’un seul titre : il y a ce sample incroyable de Michel Polnareff sur le titre de TLF ; cette ambiance particulièrement sombre instaurée par Akh sur Les Lèvres de la peur ; cette poussée de romantisme mélancolique de Nessbeal ; bref, tout est bon. Retenons le titre de Mokless, qui est l’un des plus efficaces, et sur lequel le personnage de Mesrine est le mieux personnifié.

 

Sheitan (2006)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Complètement, puisqu’on y suit les aventures d’un groupe de jeunes qui sont fondamentalement fans de rap : que ce soit en boite de nuit ou en voiture, ils passent leur temps à écouter La Caution, Booba et Oxmo, ou encore TTC. De plus, le film est réalisé par Kim Chapiron, fondateur de Kourtajmé, un collectif complètement lié à l’histoire du rap en France, qui a notamment réalisé les clips de bons nombre de classiques de la Mafia K1Fry, Rockin Squat, Oxmo, et tant d’autres.

Le casting : Pas forcément très éclectique, puisque tout tourne principalement autour de La Caution et de Mai Lan, mais réellement qualitatif : on a donc droit à La Caution, La Caution déguisée en ce groupe terroriste hardcore “Sheitan”, et Maï Lan qui chante La Caution. Pour le reste, en plus du classique Pucc Fiction, un titre qui a huit ans au moment de la sortie du film, mais que l’on apprécie toujours de réecouter, on retrouve également Rim’K, TTC et Oxmo en solo. Du beau boulot, donc.

Le titre à retenir : Batards de Barbares / Gentiment je t’immole

Deux versions d’un même texte, l’un, interprété par Hi-Tek, en version rap dur avec son clip réellement hardcore, et l’autre jouant sur le contraste entre la dureté des propos (au hasard, “je déterre ta grand-mère et la viole comme une chienne” ou “Tu cries comme une pute, ta peau se décolle”, “ et la douceur de la voix de Mai Lan.

 

 


Ma 6T va crack-er (1997)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Oui, puisqu’il s’ouvre sur une soirée hip-hop, et oui, puisqu’on parle quand même d’un film centré sur des jeunes de cité au milieu des années 90, autrement dit, des mecs qui écoutent forcément du rap.

Le casting :  Pas mal de noms qui ne disent rien au moins de vingt ans, mais qui correspondent aux plus importantes têtes d’affiches du rap hexagonal du milieu des années 90 : Assassin, Stomy Bugsy et Passi, IAM, les X-Men, Ménélik, et même, cerise sur le gâteau, un cainri légendaire, en la personne de KRS-One. Le tout, produit par le duo White & Spirit, qui sera à l’oeuvre quelques années plus tard sur la BO de Mesrine.

Le titre à retenir : Les X-Men- Retour aux Pyramides

Si la BO de Ma 6T va crack-er est encore perçue aujourd’hui comme l’un des meilleurs projets de toute l’histoire du rap français, c’est bien parce qu’il contient autant de perles que de titres sur sa tracklist, dont certains sont réellement entrés dans la légende. La réussite la plus éloquente reste bien entendu celle de Retour aux Pyramides, des X-Men, que beaucoup considèrent encore aujourd’hui comme LE meilleur morceau de rap français jamais écrit.

 

Comment c’est loin (2015)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Complètement, puisqu’on y suit l’épopée de deux rappeurs amateurs en pleine recherche d’inspiration, et que certaines scènes sont carrément des séances de studio et des freestyles.

Le casting : Quasiment uniquement Orelsan et Gringe, puisque la BO du film Comment c’est loin constitue en réalité le deuxième album studio des Casseurs Flowteurs. Pour le fun, on y retrouve tout de même deux titres sur lesquels le duo est absent (en plus des quelques interludes de Skread) : l’un, sérieux, est un featuring Akhenaton-Wiley, l’autre, plus parodique, est interprété par le fameux personnage de Claude aka Diamond Deuklo, que l’on retrouve régulièrement dans l’univers d’Orelsan et Gringe.

Le titre à retenir : Casseurs Flowteurs  - J’essaye, j’essaye

Déjà, parce que chanter avec sa grand-mère sur un album disque de platine, c’est quand même un life achievement de très haut niveau. Ensuite, parce que derrière son apparente simplicité, la performance d’Orelsan est particulièrement impressionnante, car la prod de Skread est techniquement très difficile à appréhender.

 

 

La Haine (1995)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Tout comme Ma 6T va crack-er, étant donné qu’il s’agit d’un film centré sur des jeunes de cité au milieu des années 90, on a forcément affaire à des personnages qui écoutent du rap. Surtout, le long-métrage de Kassovitz fourmille de références au hip-hop et à sa culture, entre la fameuse scène avec Cut Killer, le moment où Saïd graffe sur un mur et sur un camion de police, ou encore la scène de breakdance, où deux bonnes minutes d’écran sont offertes aux danseurs.

Le casting : Absolument phénoménal : Ministère Amer, IAM, MC Solaar (avant que son titre ne soit retiré suite à des brouilles contractuelles entre maisons de disques), Les Sages Po’, La Cliqua, Assassin… Concrètement, seule l’absence de NTM peut laisser quelques regrets.

Le titre à retenir : Minsitère AMER - Sacrifice de Poulets

Il s’agit probablement du titre de la BO qui a le plus marqué les esprits et qui a le plus traversé les époques, puisqu’il est encore régulièrement cité à chaque fois que le rap se retrouve sur le banc des accusés au sujet de violences, de haine anti-police, et d’incitation à la haine, au meurtre, au massacre, ou à la torture.

 


Comme un aimant (2000)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Oui, pour la même raison que tous les autres “films de quartier” de la liste, en plus de la présence à l’écran d’Akhenaton.

Le casting : Très éclectique, on a surtout l’impression qu’Akhenaton s’est fait un vrai plaisir personnel en publiant une playlist perso composée de rap marseillais (Psy4 De La Rime, Chiens de Paille, IAM), de grands noms de la soul (Isaac Hayes, Cunnie Williams), de musique napolitaine plus traditionnelle (Mario Castiglia), et d’un beau mélange d’influences.

Le titre à retenir : Bouga - Belsunce Breakdown

Un morceau que personne n’a vu venir, qui se situe à mi-chemin entre rap et musique electro, et qui va pourtant se maintenir pendant des semaines entières en tête dans les charts, devenant l’un des titres emblématiques de l’année 2000. Bouga, devenu l’homme d’un one-hit wonder, finira même par décliner son titre phare en version fanfare -faites ce que vous voulez de cette information.

 


Black (2016)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Oui, car bien qu’il ne s’agisse pas d’un film pas centré sur le rap, on retrouve d’une part des protagonistes jeunes et issus de quartiers populaires -le raccourci mène donc vers la case “auditeurs rap- et d’autre part pas mal de références à la culture urbaine au sens large (danse, par exemple).

Le casting : Un peu francophone, un peu néerlandophone, un peu anglophone ; de notre côté, on retiendra surtout la présence de Damso -qui, au moment de la sortie du film, n’était pas encore la superstar qu’il est aujourd’hui-, de Jones Cruipy, de la Smala, du Négatif Clan ou encore de Rival, du groupe CNN199, un des pionniers du hip-hop bruxellois. Un beau casting donc, qui présente un panel large et diversifié de la scène belge, quelques mois avant son explosion définitive.

Le titre à retenir : Négatif Clan - Boma Yé

Parce que le film est centré sur les “bandes urbaines”, et qu’aucun groupe ne représente mieux le concept que le Négatif Clan -et aussi parce que Niska apparaît à la fin du clip, sans prévenir.

 

Banlieue 13 (2004)/ Banlieue 13 Ultimatum (2009)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? Oui, non, on ne sait pas trop. Disons oui, pour la présence en coup de vent de MC Jean Gab'1 au casting, et les petites apparitions de La Fouine, Rim’K et James Deano -qui sont plutôt là pour rameuter un public de consommateurs fans de rap, clairement la cible du film. 

Le casting : Plutôt costaud, avec des noms qui font honneur au statut de “blockbuster français” du film écrit par Luc Besson : Rohff, Diam’s, Lino, Iron Sy, MC Jean Gab'1, Nuttea sur la BO du premier opus ; La Fouine, Alonzo, Rim’K, Green Money, Brasco sur la suite.

Le titre à retenir : Iron Sy - Résistant

Sans raison particulière, il s’agit d’un choix totalement arbitraire.

 

Samouraïs (2002)

Le film a-t-il un quelconque rapport avec le rap ? A priori non. En fait, il s’agit de l’un des pires films de tous les temps selon la plupart des critiques qui ont osé le visionner, et il n’a donc pas été visionné pour les besoins de l’article -ayez un peu de pitié pour nos pigistes.

Le casting : Etonnamment qualitatif, ça va de La Rumeur, Casey & Sheryo à Stomy Bugsy & Hamed Däye, en passant par Ol Kainry, Sniper, Passi, Sadik Asken et même le Saïan Supa Crew.

Le titre à retenir : La Rumeur, Casey & Sheryo - Des têtes vont tomber

Un titre particulièrement marquant à l’échelle de l’histoire du rap français, qui se retrouve sans que personne ne comprenne pourquoi sur la BO de l’un des pires films du monde, à l’échelle de l’histoire du cinéma. Soit on a menti à Ekoué et Casey sur la qualité du film auquel ils allaient associer leur nom, soit Sheryo devait de l’argent au réalisateur du film Giordano Gederlini. Si vous avez une autre explication, n’hésitez pas à nous en faire part.

 

 

 


 

Crédit photo : Gértard Fouet / AFP

Par Genono / le 06 novembre 2017

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